dimanche 10 décembre 2017

Le crépuscule des idoles

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Maintenant que la farce Johnny tire à sa fin, on attend avec une curiosité un peu (beaucoup) lasse le prochain divertissement de masse que nos médias (télévisuelles en tête) ne manqueront pas de nous mitonner. Cela ne devrait pas tarder : ce ne sont pas les idoles nationales qui manquent ; je ne citerai aucun nom mais on devine à qui je  pense.

Johnny, idole (des jeunes et surtout des moins jeunes)... Le mot idole vient du grec eidôlon qui signifie image. qui parla jadis du "stupéfiant image" ? Tout abus de stupéfiant est toxique, et la plupart d'entre nous vivent, depuis le début des années soixante du siècle dernier, sous le règne du plus puissant diffuseur du stupéfiant-image : la télévision.

Or la carrière du chanteur est à peu près exactement contemporaine de la montée en puissance de la télévision comme divertissement de masse, entre 1960 et nos jours. C'est la télévision qui a fabriqué de toutes pièces le "mythe" Johnny. C'est à elle qu'il doit ses succès et sa renommée. Il est tout naturel que les enfants de la télévision -- fabricants d'images et consommateurs gavés -- communient dans la célébration d'une de leurs idoles.

J'ai dit ailleurs que, né en 1940, j'étais, à peu de choses près, le contemporain de Johnny, né en 1943. A peu de choses près seulement. Car je ne suis pas un enfant de la télévision. Adolescent, je  ne connaissais pas la télévision. J'ai vu mes premières images télévisées, ailleurs qu'au logis familial, au début des années 60. Mes repères intellectuels et culturels étaient déjà fixés. C'est pourquoi je n'ai jamais été un adorateur d'idoles, quelles qu'elles soient, et surtout pas humaines, et surtout pas les idoles au rabais de la foule. J'ai eu cette chance. Ainsi soit-il.

Le dénommé Denis Tillinac vient de déclarer : "Johnny est mort, la France est veuve " . C'est tout de même sidérant, vaguement terrifiant même, ce déluge de propos imbéciles inspirés par le trépas d'un histrion de second ordre. Ce concert hystérique reste largement pour moi une énigme.

vendredi 8 décembre 2017

Singulier ou pluriel ?

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Ces temps-ci, je n'entends causer que des zobs secs de d'Ormesson et de Johnny. La chose vous a un côté momie, sans doute en accord avec le côté pharaonique des cérémonies funéraires. Et puis, avouons qu'ils se prenaient pas qu'un peu pour le Ramsès II de leur domaine, la chansonnette pour le premier, les contes pour adultes pour le second (ou l'inverse, je ne sais plus). J'aime bien qu'on parle de leurs zobs secs , ça vous a un petit côté naturaliste, loin de l'emphase de ce genre de célébrations. Et puis, c'est toujours utile de savoir ce qui vous attend.

Ce que je trouve bizarre et pas logique, c'est que, quand il s'agit de Tartempion, il n'est pas admis de parler de son zob sec mais seulement de ses zobs secs au pluriel. On dit : les zobs secs de Tartempion, comme s'il en avait eu deux ou plusieurs. Ce qui est prétentieux et anatomiquement inexact, puisqu'il n'en avait qu'un. Du point de vue du médecin légiste aussi, puisqu'y a pas que le zob qui est sec.

Je dirai donc qu'aujourd'hui, dans un grand concours de populace, on assiste au zob sec de Johnny. On connaît des spectacles culturellement moins pauvres, mais des tas de gens se contentent du brouet qu'on leur sert. Grand bien leur fasse.


( Posté par : Jeannot le Zobi, avatar eugènique zob cédé )












Mon adieu à deux gloires nationales

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On abuse ces jours-ci de l'hommage national, un peu trop pour mon goût, en tout cas. Je suis de l'avis d'une commentatrice de la République des livres, cet hommage délirant à l'idole des jeunes et des moins jeunes a quelque chose d'indécent au pays de Brassens.

J'ai 77 ans, étant né en 1940 ( le 9 mai, jour d'une catastrophe nationale, infiniment moins grave, il est vrai, que celle de la disparition de Johnny ).  Il est né en 1943. Nous sommes donc, à peu de choses près, contemporains. Or, à la différence de beaucoup de djeuhnes de mon âge, je ne me suis jamais intéressé à sa musique, à ses chansons pas plus qu'à sa personnalité ni aux épisodes de sa vie et j'ai plutôt traité tout cela avec un souverain dédain. Jusqu'au jour où j'ai appris qu'il était atteint d'un cancer du poumon, un des plus terribles, et je m'incline devant ses souffrances et celles de ses proches.

J'ai traité ailleurs Johnny de "rockeur braillard", exprimant par là mon peu de goût pour sa musique et ses performances vocales. Je me suis demandé d'où venait mon allergie, et je crois qu'elle tient aux références musicales du temps de ma jeunesse. A 17 ans, j'ai eu la chance de posséder un embryon de culture musicale assez solide. Je pouvais m'acheter des disques ; je disposais d'un poste de radio dans ma chambre. Dans le domaine de la musique classique, je connaissais déjà assez bien pas mal de choses. Surtout, j'étais un amateur passionné de musique noire américaine, blues et jazz. C'est pourquoi, un peu plus tard, au début des années soixante à Paris, je trouvais tout naturel et impératif de me précipiter à un concert de Ray Charles au Palais des sports, ou de Big Bill Broonzy, ou de Johnny Hodges. Une des rares chansons de Johnny qui me touche est d'ailleurs "Toute la musique que j'aime". A 17 ans j'admirais Brassens, Brel, Juliette Gréco ; un peu plus tard, Léo Ferré, Dutronc ; un peu plus tard, Souchon et Voulzy ;  plus tard seulement, Eddy Mitchell, dont j'ai toujours trouvé le répertoire bien plus intéressant que celui de Johnny. On comprend que celui-ci est toujours resté très loin du cercle de mes artistes préférés. Question de génération, de profil sociologique, de références musicales, de niveau d'exigence culturelle. L'idole des djeuhnes n'a jamais été bon pour moi que pour le vulgue homme pécusse. Snobinard, va.

Quant à l'autre héros national dont on célèbre ces jours-ci la mémoire, Jean d'Ormesson, je n'ai jamais lu une seule ligne de lui. Question de références littéraires. L'admirateur passionné de Marguerite Duras, de Claude Simon, de Robert Pinget, de Beckett, d'Ionesco, voire de Tournier, n'a jamais éprouvé la curiosité d'ouvrir un de ses nombreux ouvrages. Quelques comptes-rendus dans la presse m'ont suffi pour me faire un jugement. J'aurai sûrement perdu quelque chose, mais il est trop tard pour que je le révise. Et puis Michaux, c'est autre chose que Jean d'Ormesson.


( Posté par : Johnny Bigoudis, avatar eugènique hazebine )

mercredi 6 décembre 2017

Fantaisies nécrologiques

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1/   Heureusement que d'Ormesson et Johnny sont pas canés le même jour : tu imagines le télescopage des hommages sur Antenne 2 ! Reste à savoir qui aura la préséance pour la date de l'hommage national. Bonjour les susceptibilités à vif !    

2/  D'Ormesson : j'ai du mal à comprendre tout ce battage au trépas d'un danseur mondain.

3/  A matin, sur le quai de la gare de *** où j'attendais un train qui se faisait attendre, j'ai entendu dire qu'un certain Johnny Holiday était mort. J'ai demandé qui c'était ; un quidam m'a informé, l'air étonné et quelque peu dédaigneux, qu'il s'agissait d'un champion de skateboard américain. Je ne suis pas un fan de skateboard et j'ai découvert à cette occasion la vogue de cette discipline parasportive dans notre beau pays.

4/ Tous les vrais mélomanes, dont je suis, auront appris avec un ouf de soulagement que ce rockeur braillard avait tiré (mais un peu tard) sa révérence. On aura compris que je ne m'associerai pas à l'hommage national.

5/  La blague transgenre du jour : Johnnette Hallidy tombe sur son vieux complice Claude Le Louche.  "Ah ! mon vieux complice !", qu'elle lui dit. " Hélas, ma vieille, qu'il lui répond, la peau de mes couilles aussi ! "

6/  Aux dernières nouvelles, il serait question d’un grand défilé sur les Champs, cercueil de Johnny en tête, avec la bénédiction et les encouragements du guignol qui nous tient lieu de président. L’affaire vire officiellement au burlesque. Tant mieux. Hier, le déferlement médiatique aidant, j’étais furieux, mais si ça tourne à la franche rigolade, j’opine (de cheval)


( Posté par : Johnny Tepp, avatar eugènique bluesy )

vendredi 1 décembre 2017

Vivement ce soir qu'on se couche !

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" Vivement ce soir qu'on se couche ! "

 Ce voeu impatient de voir arriver au plus vite ce moment bienheureux qui nous délivrera enfin des préoccupations et des tracas de l'existence diurne, combien de fois l'avons-nous entendu autour de nous, combien de fois l'avons-nous prononcé nous-mêmes. Nous aurions tort cependant de n'y voir que l'expression plaisante d'un coup de fatigue passager ou d'une paresse chronique. Au vrai, il convient d'y lire l'aveu, comme souterrain, de la hiérarchie que nous établissons entre les valeurs. Infiniment moins importantes sont pour nous toutes ces occupations engendrées par les nécessités et les pressions de notre existence sociale que ce doux anéantissement de notre conscience qui nous en délivrera, en nous plongeant dans un sommeil qu'il faut souhaiter sans rêve. Mais ces occupations, il faut dire que nous leur accordons généralement un sérieux qu'elles n'ont pas. Montaigne nous avait pourtant prévenus : toutes nos vacations, écrivit-il, sont farcesques.

Que n'aspirons-nous à nous rapprocher autant que possible de cet état de nature dont Rousseau fit l'éloge et où les besoins de l'homme se réduisaient selon lui, à trois : la nourriture, une femelle, le repos. Ce qui lui simplifiait considérablement l'existence, en faisant de lui un animal parmi d'autres. Et encore, mon chat castré ne connaît plus que deux de ces besoins, et quand je considère tout le temps qu'il accorde au sommeil, je me dis qu'il est le plus heureux des chats et infiniment plus heureux que la plupart des hommes.

Une femelle... Jean-Jacques eut la lucidité de pointer ce besoin qui gâcha cette simplicité de l'existence naturelle, puisque la différenciation sexuelle et la reproduction sexuée sont à la source de toutes les formes de la vie sociale, y compris les plus sophistiquées, si l'on en croit Freud. La sagesse -- réservée, empressons-nous de le dire, à une élite restreinte de happy few -- aurait donc pour condition sine qua non un renoncement radical à toute quête de partenaire sexuel. Mais, après tout, rien n'interdit à personne de pratiquer un célibat rigoureux, et l'on a bien tort de critiquer l'Eglise catholique qui l'impose à ses prêtres.

Dans le billet précédent, j'ai fait de la contemplation immobile et rêveuse du monde naturel l'axe majeur d'un art de vivre heureux, suivant en cela la leçon de la méditation de Rousseau dans la cinquième Promenade des Rêveries du promeneur solitaire. Mais le second axe de mon art de vivre heureux serait le sommeil, dont Rousseau ne parle pas.

Contemplation solitaire et paisible du monde naturel / Sommeil (si possible sous une couette bien douillette) : voilà ma conception du bonheur le plus pur et je me fais en cela le disciple de La Fontaine, ce maître du lyrisme bucolique, qui nous en a donné l'incomparable et inoubliable formule dans Le Songe d'un habitant du Mogol :

" Solitude, où je trouve une douceur secrète,
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ?
Oh, qui m'arrêtera sous vos sombres asiles ?
Quand pourront les neuf Soeurs, loin des cours et des villes,
M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux
Les divers mouvements inconnus à nos yeux,
Les noms et les vertus de ces clartés errantes
Par qui sont nos destins et nos moeurs différentes !
Que si je ne suis né pour de si grands projets,
Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !
Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !
La Parque à filet d'or n'ourdira point ma vie,
Je ne dormirai point sous de riches lambris :
Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?
En est-il moins profond et moins plein de délices ?
Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices,
Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords. "


Mais la poésie, m'objecterez-vous, n'est-elle  pas une activité hautement socialisée ? Hautement subversive ici, vous répondrai-je, puisqu'elle se propose de faire l'éloge du choix de tourner le dos à l'agitation sociale, "loin des cours et des villes", de chercher la solitude, loin des hommes, pour s'y trouver, non dans des activités, mais dans des états qui flirtent avec cette ataraxie que vantent certains philosophes et certains mystiques. Ataraxie qui, dans le texte de La Fontaine, apparaît très clairement -- le commentaire de JC le suggère -- comme une préparation à la mort. Contempler sereinement,dormir sereinement, mourir. La mort : le grand sommeil. Sans rêves.  Quelle paix.

La sagesse que nous propose La Fontaine est de stricte obédience épicurienne. Nés de la rencontre aléatoire d'atomes, nous n'avons pas demandé à vivre. Nous subissons la double fatalité de la sexualité et de  la socialisation. La sagesse consiste à lui concéder le moins possible de place, à entrer le moins possible dans le jeu de la comédie sexuelle et de la comédie sociale. Les moyens d'y parvenir-- simples et à portée de tous --  existent. Que philosopher, c'est apprendre à mourir...


( Posté par : Jeannot Lapin, avatar eugènique bucolique )

mardi 28 novembre 2017

Dieux ! Que ne suis-je assise à l'ombre des forêts !

s1479 -


On interprète le plus souvent ce regret de Phèdre à la lumière des deux vers suivants :

Quand pourrai-je au travers d'une noble poussière
Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière ?

Ce qu'elle dit là, en effet, dans ces trois vers qui comptent parmi les plus beaux que Racine ait écrits, Phèdre l'interprète elle-même un instant plus tard comme l'aveu indirect et involontaire de sa passion pour Hippolyte.

Pourtant, il est rare que l'on se rende compte que, dans le premier de ces trois vers, Racine nous propose la formule d'un art de vivre où les moments de contemplation au sein de la nature, moments de silence, de recueillement et de paix, vous guident avec sûreté loin des mécomptes, des ratages, des dérapages et des souffrances qu'ils provoquent, et des bonheurs fallacieux et aléatoires auxquels la plongée dans l'existence sociale vous expose incessamment. Phèdre elle-même rêve de vivre sa passion à distance, dans une innocente contemplation de l'être aimé.

Rappelons que la contemplation, phase de rêverie, d'abandon  plein de douceur aux rencontres non concertées de choses vues, d'impressions et d'idées, est fort différente de la méditation, active, concertée, volontaire. C'est Rousseau, bien sûr, qui, dans la Cinquième Promenade, a  formulé la plus profonde analyse de la contemplation, en évoquant ses heures de rêverie au bord du lac de Bienne. Disons que, dans ce texte célèbre, il propose une méditation sur le sens de son expérience de la contemplation.

Plus heureux que Phèdre, j'ai moi-même vécu nombre d'instants heureux, assis à l'ombre des forêts. Ma première expérience dans ce domaine remonte au début de l'été 1945. J'avais cinq ans. Ma mère nous emmenait, ma petite soeur et moi, passer l'après-midi dans une belle et vaste pinède  ensoleillée, à quelque distance de notre village de la Sarthe. Je revois les fûts élancés des arbres dont les ramures allaient chercher très haut la lumière, au-dessus d'un sous-bois libre de broussailles. J'ai encore presque dans les narines son parfum ensorcelant. L'orée donnait sur un ciel bleu où, un jour, un Lightning de l'aviation américaine passa à basse altitude, dans un ronronnement paisible.

Le souvenir de ces instants fondateurs est aujourd'hui bien plus vif et clair en moi que celui de tant d'autres épisodes de ma vie, pourtant beaucoup plus récents. Plus tard, j'ai eu la chance de renouveler souvent cette expérience heureuse, au cours de nombreuses promenades. Je me revois encore à l'orée de cette autre pinède, au sommet de la haute dune qui dominait le rivage marin ; les cris des baigneurs, affaiblis par la distance, montaient jusqu'à moi. Ou encore à l'orée d'une autre forêt, aux essences mélangées celle-là, qui s'ouvrait sur un immense panorama où l'on reconnaît presque toutes les montagnes de Provence.

Dieux ! Que ne puis-je encore m'asseoir à l'orée de cette forêt, dont m'éloignent désormais les hasards cruels de la vie ! A l'instar de Rousseau, il m'en reste heureusement le souvenir qui me rend la tranquille griserie de ces instants bénis.


Jean-Jacques RousseauLes Rêveries du promeneur solitaire

( Posté par : Jeannot Lapin, avatar eugènique bucolique )

mardi 21 novembre 2017

#balancetadinde

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#balancetonporc  : soit. Chacun(e) doit être libre de vider son sac. Cependant, soucieux de rééquilibrer les forces en présence, et en hommage au courageux Alain Finkielkraut, je lance le hashtag :  
                                                           #balancetadinde  !

Je ne doute pas que mon initiative donnera le signal d'un déluge de confidences plus  gratinées les unes que les autres.

Et puisqu'un minimum de courage exige qu'on prêche d'exemple, je me lance :

                                Oui, je l'avoue, j'ai été le dindon de plus d'une dinde !


Additum -

En imaginant ce hashtag. je croyais faire preuve d'une fracassante originalité, jusqu'à ce matin où, consultant internet, j'ai constaté que les hashtags #balancetadinde  ou #balancetatruie  fleurissaient depuis longtemps. De quoi vous décourager de toute tentation d'activisme internautique.


( Posté par : Le peu chéri de ces dames , avatar eugènique mizozogyne )