jeudi 22 juin 2017

De l'islamisme radical à l'athéisme militant

Apparemment, les responsables de l'E.I. encore vivants n'ont pas fourni d'explication à leur décision de dynamiter le minaret de la grande mosquée de Mossoul. S'attaquer ainsi à l'un des plus prestigieux et des plus anciens édifices du monde musulman peut paraître aberrant, venant de gens qui se présentent comme les plus ardents défenseurs d'Allah.


Il est certain que la destruction de la mosquée de Mossoul est un acte éminemment symbolique et tout aussi éminemment ambigu. Il est clair, en tout cas, que la décision a été prise dans le but de frapper les esprits. Il y a, dans cet acte aux résonances tragiques et désespérées, une logique, et dieu sait si l'implacable logique des djihadistes du califat est un de leurs traits les plus remarquables.

Il faut donc tenter de comprendre cette logique.

Première explication qui me vient à l'esprit : ceux qui se présentent comme les seuls authentiques représentants de la vraie foi refusent que des gens qui, à leurs yeux, sont de mauvais ou médiocres musulmans (la plupart des habitants de Mossoul), des hérétiques (les chiites), des infidèles ou des athées aient accès, après la défaite totale de l'E.I à Mossoul, à un édifice où leur calife autoproclamé fit sa première (et seule) apparition publique. Une telle souillure est intolérable à leurs yeux. Aux yeux des djihadistes, leur défaite sonne le glas de l'Islam authentique à Mossoul. Cette ville impie ne mérite pas sa mosquée.

Deuxième explication :  il s'agit d'un geste suicidaire. Le plus éminent édifice musulman de Mossoul doit disparaître avec les derniers authentiques défenseurs d'Allah, dans un dernier épisode apocalyptique façon crépuscule des dieux. Cette explication est très proche de la précédente.

Troisième explication : si les plus authentiques serviteurs d'Allah ont été vaincus, c'est qu'Allah ne les a pas soutenus, et même qu'il les a froidement laissés tomber. A ce refus de les soutenir, deux explications possibles. La première est que ce sont eux qui se sont trompés dans leur lecture de l'Islam. Leur salafisme radical n'est pas la bonne voie et Allah le leur signifie, en refusant de les soutenir. Mais dans ce cas, dira-t-on, pourquoi détruire la mosquée ? Cela ne fait qu'aggraver leur cas, alors qu'il était si simple de se tourner vers une autre façon de pratiquer les préceptes du Coran, celle des soufistes par exemple. Mais qu'Allah ne soutienne pas leur lecture intégriste du Coran, la seule admissible aux yeux de ces soldats du califat, cela est proprement impensable. D'où leur immense colère, qui, logiquement, ne peut que se retourner contre Allah lui-même. En abattant le minaret qui proclamait que cette ville était sienne, c'est Lui qu'on veut abattre.  Dès lors, une seule explication de cette défection d'Allah leur (à certains d'entre eux tout au moins) paraît tenir la route. Si Allah ne veut ou ne sait pas les soutenir, c'est que, selon toute probabilité et conformément à la logique, il n'existe pas. Détruisons donc l'édifice qui, à Mossoul, est le plus remarquable instrument de perpétuation d'une imposture qui, enfin, nous saute aux yeux. Il n'est jamais trop tard pour se convertir à la vérité.

Si mon interprétation ( à savoir qu'il faut détruire le monument le plus symbolique de l'imposture islamique à Mossoul ), alors ne nous étonnons pas si, dans un proche avenir, le dernier carré des survivants de l'E.I. se mue en une association de propagateurs décidés de l'athéisme. Par des voies plus pacifiques, on l'espère, que celles qui prévalurent aux temps anciens de certaines démocraties populaires aujourd'hui défuntes.

" Ecr. l'Inf. " : c'est ainsi que Voltaire, sur la fin de sa vie, signait ses missives à l'intention de quelques intimes. Mais,  en visant l'Eglise catholique, il se trompait de cible. L'infâme, c'est le fanatisme, de quelque masque particulier qu'il couvre son visage. Puisse la destruction du minaret de Mossoul donner le signal d'une conversion des derniers soldats de l'E.I. aux voies de la douceur. C'est la grâce qu'on leur souhaite.


Posté par : le petit herméneute débutant, avatar eugènique enculeur de moucharabieh


mercredi 21 juin 2017

Sisyphe heureux ?

1447 -


On connaît la conclusion que tire Albert Camus à la fin de son Mythe de Sisyphe : il faut imaginer Sisyphe heureux.

Oui, mais quand ? toujours ? ou seulement parfois ? Et dans ce cas, à quels moments de son travail (de Sisyphe) éternellement recommencé ? Et comment ? Est-ce que tout le rend heureux ? ou seulement certaines expériences ?

A ces questions, la légende n'apporte pas de réponses. Et l'essai de Camus, guère non plus ? Voire.

Selon le mythe, la tâche toujours recommencée de Sisyphe comporte -- c'est le cas de le dire -- deux versants. En un premier temps, Sisyphe pousse son rocher jusqu'au sommet d'une montagne. Il peine, il ahane, il sue, il geint. Besogne de forçat. Difficile d'imaginer Sisyphe heureux tant que cela dure.

Ensuite, parvenu au sommet, Sisyphe voit son rocher débouler la pente de la montagne jusqu'en bas. Il sait qu'il va devoir redescendre et recommencer à le pousser jusqu'en haut. Et ainsi de suite.

Sur ce que fait Sisyphe pendant que le rocher déboule, le mythe est muet. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il va redescendre, mais comment ? Il est exclu qu'il redescende à toute allure aux basques de son rocher. Cheminant sur un sentier de randonnée, au creux d'une vallée, j'ai vu un jour débouler vers moi, depuis la crête de la montagne, un rocher, un gros. Tout en faisant des bonds de cabri, qui le projetaient chaque fois à des mètres de hauteur, il ne cessait de prendre de la vitesse. Pas moyen d'imaginer un Sisyphe doté de la pointe de vitesse d'un champion du 110 m haies accompagnant ce rocher dans sa chute. Donc, il faut imaginer Sisyphe descendant, lui aussi, mais à son rythme.

Et c'est là qu'on peut imaginer Sisyphe heureux.

Me référant toujours à mon expérience de randonneur, je puis imaginer Sisyphe à la  montée et Sisyphe à la descente. J'ai à mon actif quelques ascensions de sommets accessibles sans escalade à un randonneur convenablement entraîné. Pour y parvenir, je partais de bon matin et l'ascension se terminait vers  midi. C'était généralement en été, sous un soleil généreux. Il fallait se hâter, car je ne devais pas être de retour trop tard dans la soirée. Collé à la pente par mon sac à dos copieusement garni, je suais et ahanais. J'étais Sisyphe sans le rocher.

La partie vraiment heureuse de la randonnée, c'était la descente. Rien ne me pressait. Je pouvais admirer à ma guise le paysage, écouter les bruits, observer les animaux, ménager des pauses pour contempler et rêver. De la vallée montait une brise bienfaisante. J'ai vécu ces jours-là des moments de communion avec le monde, avec les rythmes du monde, avec la paix du monde, qui firent de moi un modeste cousin du promeneur solitaire de Rousseau.

C'est donc à la descente que j'imagine Sisyphe heureux. Rien ne le presse. Il peut prendre tout son temps. Il peut musarder à sa guise, oublier l'heure, s'abandonner à la jouissance du monde et de soi. Arrivé au bas de la pente, rien ne dit qu'il retrouvera aisément son rocher. C'est capricieux, un rocher qui déboule. Le mien, naguère, avait choisi de m'ignorer et s'était échoué sur le sentier, à quelques dizaines de mètres. Celui de Sisyphe s'est peut-être arrêté dans une sylve ombreuse, où il ne sera pas facile de le dénicher.

En somme, pendant que le rocher déboule, c'est le monde et sa beauté qui s'offrent au bon plaisir de Sisyphe. Ce serait dommage de ne pas en profiter.

Le rocher de Sisyphe, c'est toutes les tâches auxquelles la vie, dans sa dimension naturelle et dans sa  dimension sociale, nous contraint, sans que l'accomplissement de ces tâches s'accompagne nécessairement de plaisir, au contraire. Ainsi, notre bonheur de Sisyphe, c'est quand nous échappons à ces tâches, d'une manière ou d'une autre, et ces manières, on le sait, sont très nombreuses ; à chacun, d'ailleurs, d'en inventer d'inédites. Le bonheur de Sisyphe, c'est tout simplement le bonheur de vivre, dans l'adhésion rieuse à la vie, en oubliant, même momentanément, les rochers qui nous attendent.

Mais, dira-t-on, voilà une façon abusivement réductrice d'interpréter la formule de Camus. Il est clair que, pour lui, Sisyphe est TOUJOURS heureux, même quand il est rivé au cul de son rocher, et sans doute surtout à ce moment-là.

Pour le comprendre, on doit se demander s'il existe des tâches si absolument rebutantes qu'elles excluent celui qui, de gré ou de force, s'y adonne de toute possibilité de bonheur ? A mon avis, non. Le bonheur n'existe pas en dehors de la conscience que nous en avons. Il est une façon de voir les choses. Imaginons que Sisyphe, arc-bouté à son rocher, s'étonne d'être capable de le pousser, ne serait-ce que de quelques centimètres, voire de quelques millimètres. Le voilà déjà bien content. Puis le voilà qui se met à rêver aux myriades d'atomes qui composent ce rocher pas si massif qu'il en a l'air, puisque, comme toute réalité terrestre, il est fait à  99% de ... vide. Je pousse du vide, se dit Sisyphe. Et il rigole.

Et puis, Sisyphe a la chance de posséder la seule chose qui puisse nous rendre heureux sur cette terre : il a une tâche. Il a quelque chose à faire. Et il la fait. Ce qui lui évite, pendant qu'il la fait, de se poser les métaphysiques questions pascaliennes, et les autres.

Me revient à la conscience un souvenir d'enfance. J'étais sur un pont. C'était encore l'époque où les femmes du village venaient laver leur linge à la rivière. Elles étaient une dizaine, agenouillées le long de la planche du lavoir. D'en bas montaient jusqu'à moi les chocs rythmés de leurs battoirs. En choeur, elles chantaient.

Il faut imaginer Sisyphe heureux.


Posté par : le Petit mytheux , avatar eugènique occasionnel



jeudi 15 juin 2017

Un point de vue tendance

1445 -


En ce début de XXIe siècle, le regard occidental sur la place de l'homme dans la nature et ses rapports avec les autres manifestations du vivant (animaux, végétaux) semble en passe de changer de façon assez radicale. On dira que ce n'était pas trop tôt et qu'il était bien temps pour l'Occident de rattraper son retard sur d'autres cultures, comme celles de l'Inde ou de cultures  naguère imprudemment qualifiées de "primitives". La conviction que l'homme est d'une essence radicalement différente et supérieure, conviction sans doute née de la "révélation" du monothéisme judéo-chrétien recule à mesure que progresse la connaissance scientifique des diverses formes du vivant.

Sur le terrain philosophique, des ouvrages d'une belle tenue intellectuelle comme La fin de l'exception humaine, de Jean-Marie Schaeffer, ou Par-delà nature et culture, de Philippe Descola, avaient contribué à ouvrir ces approches nouvelles. Aujourd'hui, elles sont en voie de vulgarisation grâce à des livres, des films ou des reportages télévisés qui visent le grand public.

Je viens d'achever un ouvrage qui me paraît très représentatif de cette attitude nouvelle et de cette ouverture au grand public.. Son titre : La vie secrète des arbres . L'auteur, Peter Wohlleben, est un forestier allemand, qui dirige aujourd'hui une forêt écologique. L'ouvrage a connu un succès de librairie impressionnant, bien au-delà des frontières de l'Allemagne.

Les sous-titres de l'ouvrage nous éclairent, plus que le titre, sur le propos de l'auteur : Ce qu'ils ressentent et Comment ils communiquent . Ainsi, des aptitudes qui paraissaient naguère réservées aux animaux et à l'homme ne seraient pas étrangères aux arbres et sans doute aussi aux autres végétaux.

Je cite un passage qui me paraît très représentatif de ce regard nouveau. Dans le chapitre Question de caractère, Peter Wohlleben nous décrit les différences de comportement de trois vieux chênes de sa connaissance aux approches de l'hiver :

" Le moment où un arbre se sépare de son feuillage est effectivement une question de caractère. Cette opération, nous l'avons vu dans le chapitre précédent, est une nécessité. mais comment savoir quand le bon moment est arrivé ? Les arbres ne peuvent pas sentir l"hiver approcher, ils ne peuvent  pas savoir s'il sera froid ou doux. Ils enregistrent la décroissance des phases lumineuses et la baisse des températures. Si tant est qu'elles baissent. Il n'est pas rare que le thermomètre affiche des températures de fin d'été en automne, de quoi poser un vrai casse-tête à nos trois chênes. Que faire ? Profiter de la douceur ambiante pour continuer à réaliser la photosynthèse et vite engranger quelques calories supplémentaires avant l'hiver ? Ou bien jouer la sécurité et se défeuiller sans attendre au cas où un brusque épisode de gel contraindrait à un repos précipité ? Apparemment, chacun des trois arbres a un avis différent. Celui de droite est plus anxieux, ou, pour l'exprimer de façon plus positive, plus raisonnable. A quoi bon des réserves supplémentaires si l'on ne peut plus se séparer de ses feuilles et que l'on se retrouve à traverser l'hiver avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête ? Mieux vaut lâcher les feuilles et hop, au pays des rêves ! Les deux autres sont plus téméraires. Qui sait ce que le printemps suivant apportera, combien d'énergie une soudaine invasion d'insectes engloutira et ce qu'il restera ensuite de réserves ? Mieux vaut garder les feuilles et remplir à ras bord les réservoirs, sous l'écorce et dans les racines. Jusque là, cette option s'est avérée un bon choix, mais qui sait combien de temps cela va durer ? Avec le réchauffement climatique, les températures automnales restent plus longtemps élevées, le feuillage demeure parfois jusqu'à la  semaine de novembre sur les rameaux. Or le début de la saison des tempêtes n'a pas changé, il survient toujours en octobre, de sorte que le risque qu'une bourrasque renverse un arbre couvert de feuilles augmente. Je crains qu'à terme les arbres prudents aient de meilleures chances de survivre. "

Même s'il ne le postule pas explicitement, il est clair qu'ici Peter Wohlleben prête à ses trois chênes des capacités de réflexion et de prévision appuyées sur l'expérience et leur accorde pour le moins  une marge de liberté de choix.

On aurait tort de ne voir  dans ces descriptions qu'un jeu de métaphores aussi raccrocheuses que faciles, abusivement anthropomorphiques ;  on en rencontre de semblables tout au long du livre ; elles sont fondées sur des années d'observations subtiles et précises ; elles disent la conviction d'un homme riche d'expérience personnelle et de connaissances scientifiques.

Mais après tout, peut-être le point de vue de ce remarquable connaisseur, parmi beaucoup d'autres, du monde végétal ne fait-il que rejoindre et confirmer celui des poètes, celui que portait Ronsard sur la forêt de Gastine.

Plus récemment j'ai suivi la diffusion, sur la chaîne France 5, d'un reportage sur un clan de singes babouins dans une région d'Afrique dont j'ignore la localisation exacte, ayant pris le documentaire en cours de route.

L'attitude des réalisateurs y était clairement la même : faire apparaître les ressemblances, les affinités entre le comportement de ces singes et celui des humains. Elles ressortaient de façon frappante de ce qu'on nous montrait des regards, des attitudes, des gestes, des relations entre individus au sein d'un clan. On dira que, s'agissant de singes,  nos proches cousins, une telle approche est moins nouvelle. Comme Peter Wohlleben à l'égard des arbres, les auteurs du film accordaient à ces singes une aptitude à la réflexion, éclairée par l'expérience, ainsi qu'une liberté de choix. La dimension affective des liens entre membres du groupe était, elle aussi, fortement soulignée.

A un moment, nos singes devaient se résoudre à quitter, sur la décision et sous la conduite du chef du clan, leur lieu habituel de vie qu'un épisode de sécheresse sévère leur rendait invivable, pour rejoindre de lointaines montagnes où ils trouveraient de l'eau en abondance et une herbe plus verte. La séquence évoquait manifestement le récit biblique de Moïse partant pour la Terre promise (l'expression était dans le commentaire) à la tête de son peuple. L'accompagnement musical évoquait d'ailleurs de très près un chant choral religieux juif !

Qu'il s'agisse du livre de Wohlleben ou de ce documentaire télévisé, l'intention des auteurs est manifestement la même : inciter le lecteur et le téléspectateur à répudier l'anthropocentrisme et le complexe de supériorité qui nous empêchent de nouer avec le monde vivant où nous sommes plongés des liens plus sains et plus harmonieux, condition de notre avenir sur cette planète.

Toutefois, dans l'un comme dans l'autre cas, on ne doit pas perdre de vue le fait qu'on à affaire à un discours construit. Peter Wohleben use d'images -- comme dans le passage cité -- dont rien ne nous assure, en définitive, qu'elles correspondent à la réalité. Un caractère purement métaphorique ne peut être exclu. De même, les auteurs du reportage télévisé ont usé des efficaces ressources du montage et du scénario pour rendre fortement crédible leur point de vue.

En définitive, si l'on a, certes, dans ces deux cas, des témoignages d'une puissante crédibilité et qui ont le mérite de bousculer quelques préjugés ambiants, il me paraît impossible que leurs auteurs nous fassent toucher du doigt LA réalité des arbres ou des animaux, une réalité qui nous échappera toujours.

Mais, dira-t-on, n'en va-t-il pas de même des relations entre humains? Que savons-nous de ceux de nos semblables que nous croyons connaître le mieux ? Leur réalité intime nous échappe. Qu'ai-je su d'un père mort depuis bien des années et que, de son vivant, je ne me suis guère soucié de mieux connaître ? L'énigme qu'il fut pour moi autrefois reste entière et le restera jusqu'à ma propre fin.

Peter WohllebenLa Vie secrète des arbres  ( Les Arènes )

Pierre de RonsardOde à la forêt de Gastine

Jean-Marie Schaeffer La fin de l'exception humaine  ( NRF Gallimard )

Philippe DescolaPar-delà nature et culture   ( NRF Gallimard )


Posté par : J.-C. Azerty  , avatar eugènique agréé





dimanche 11 juin 2017

Heil Herr Präsident Makrönen !

1445 -


Ein Präsident, ein Volk, ein Partei  !


Tout ça me rappelle vaguement quelque chose, mais quoi ?


Y a un côté kazakh, ou poldève, dans cette nouvelle configuration politique. Potentiel seulement, bien entendu. Ou alors, un côté coréen. Du Sud, bien entendu.


Posté par : Adalbert Tebmolock , avatar eugènique indéterminé




vendredi 9 juin 2017

Le petit terroriste amateur

1444 -


Depuis quelques semaines, il broyait du noir. Ce n'est pas le tout d'avoir rempli intégralement le  contrat du Journal de Tintin , " le journal des jeunes de 7 à 77 ans ", on aimerait quand même pouvoir durer un peu au-delà. Encore faut-il que l'intendance suive. Et dans son cas, elle suivait de moins en moins. Un matin, histoire de se remonter le moral, il posta sur un site littéraire qu'il fréquentait de façon plus  compulsive qu'assidue, et dont l'animateur n'était pas trop regardant sur la pertinence des interventions de ses lecteurs,  le "commentaire" suivant :

" Faisant suite à beaucoup d'autres,  les récents attentats de Londres ont achevé de me convaincre de mettre un terme à une existence de toute façon fortement menacée à brève échéance, dans un style spectaculaire, façon Erostrate. Demain matin, dans mon village, se tient un marché typiquement provençal, fort prisé des touristes, anglais notamment (ah ah ah, tu vas voir, ça va être leur fête). Les accès en sont variés et relativement peu surveillés. Or donc, m’inspirant des terroristes londoniens, demain matin, j’embarque dans ma scénic (version scénic railway), muni d’une hache et de quelques couteaux, et je fonce dans la foule. J’en tuerai bien une centaine (dont un effectif conséquent d’angliches), dépassant le record du malin petit tailleur et vengeant l’affront du brexit. On se croira à Nice un soir de quatorze juillet ! Il me semble qu’on sous-estime la valeur d’émulation des attentats récents et moins récents : ça donne envie de passer aux actes, pour un oui pour un non,, du moins à des allumés dans mon genre, soucieux de finir en beauté, dans un violent accès de rigolade sanglante. Bien sûr, je me réclamerai de Daech, imposant toutefois une nouvelle signification à l’acronyme, quelque chose comme  » Démoniaque Association Excessivement Criminelle Hi (hi hi) « . En effet, je ne suis pas moujoulman mais fort athéistique tique. On va voir ce qu’on va voir. A moi les actus de France 2, histoire de fêter le départ de Pujadas. "

A ses yeux, ce n'était là qu'une blague de potache qui ne tirait pas à conséquence. Amateur de saillies humiaouristiques d'un goût douteux, il n'était pas mécontent de celle-là.

Le lendemain matin, traînant le caddie où il empilait ses courses, il partit faire son marché. Bien sûr, la scénic resta sur son parking. Dès les premiers beaux jours, se garer dans le village les jours de marché devient quasiment impossible, tant affluent les touristes avides de pittoresque local.

Il ne prit guère garde au fait qu'au-dessus de lui, un hélicoptère de la gendarmerie tournait avec constance dans le ciel bleu. Il ne nota pas non plus que, depuis quelques minutes, trois individus lui avaient emboîté le pas, se tenant à quelque distance. Ils se rapprochèrent peu à peu et, au moment où il débouchait sur l'artère populeuse où se tenait le marché, lui sautèrent sur le râble et l'immobilisèrent au sol, un pistolet sur la tempe. De l'hélico en vol stationnaire au-dessus descendirent en rappel une douzaine de costauds armés de mitraillettes.

Dans son sac à dos, on trouva effectivement un couteau, celui qui lui servait, dans ses randonnées, à couper son fromage et son pain, et un disque des Quatre Barbus, un groupe que, dans sa jeunesse, il avait beaucoup admiré. Il n'en fallut pas plus pour qu'il se retrouve au siège de la gendarmerie, pour une garde à vue qui, d'emblée, s'annonça  musclée.

C'est que, depuis la prolongation ad libitum de l'état d'urgence et la mise sur la touche des juges, dessaisis de leurs prérogatives au profit des policiers pour des raisons d'efficacité, on pouvait assister ( ou plutôt, on ne pouvait pas ) à des interrogatoires dont l'allure virile ne le cédait en rien à ce qu'on avait connu aux bons vieux temps de la bataille d'Alger, ou, plus anciennement, de la rue Lauriston. Il y eut droit d'emblée.

" Cependant, un grand rustre d'agent par dessus son épaule lui disait : " Ecoutez, je n'y peux rien. C'est l'ordre. Si vous ne parlez pas dans l'appareil, je cogne. C'est entendu ? Avouez ! Vous êtes prévenu. Si je ne vous entends pas, je cogne." "

Selon les époques, l'humiaour potache n'est pas toléré avec la même indulgence. Et, question humiaour, à voir la tête des gens dans la rue, on voyait bien qu'on était dans une période sans.


Posté par  :  Virginie Desplantes , avatar eugènique fictionnolâtre


Henri MichauxUn certain Plume   ( Gallimard )



lundi 5 juin 2017

Des barbares et de la barbarie





1442


Le terme de barbare est étroitement corrélé à la langue. Le mot grec barbaros désigne, à l'origine, celui dont on ne comprend pas la langue. Barbaros, en effet, n'est pas autre  chose qu'une onomatopée. Le barbare, c'est celui qui "baragouine" (c'est le cas d'employer ce mot) un sabir dont on ne comprend pas le sens et qui évoque les émissions vocales des animaux. A l'origine, le mot suggère donc l'appartenance  des barbares à une vague sous-humanité, plus proche des animaux que des humains. Employer le mot de barbares, c'est exclure, consciemment ou non du genre humain ceux qu'on désigne par là.

Sur  le site de La République des livres, Roméo Fratti, à propos  des Misérables, considère manifestement que des personnages comme les Thénardier, ou Jean Valjean lui-même avant sa "rédemption" consécutive à sa rencontre avec Mgr Myriel, sont tombés dans la barbarie. Si l'on s'en tient à la signification étymologique du mot barbare, les Thénardier sont loin d'être des barbares ; le mari surtout, qui, à plusieurs reprises, fait étalage de son habileté à manier le français le plus châtié. Je doute fort, quant à moi, que dans Les Misérables, Hugo ait employé les mots barbare et barbarie. Même s'ils sont tout au bas de l'échelle sociale, même si leur déchéance est manifeste, ils ne sont en rien des barbares au sens où les anciens Grecs l'entendaient ; ils  font partie de la société des humains.

 » Le barbare, écrit Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire (ouvrage publié peu après 1945), c’est d’abord celui qui croit à la barbarie « . Cette assertion m’a longtemps étonné. J'avais tort. Elle s’éclaire par les intentions de l’auteur dans l’ouvrage ( dénoncer, notamment, le complexe de supériorité ethnocentriste des Occidentaux ). Aujourd'hui, nous utilisons couramment les termes de  barbare  et de barbarie pour dénoncer les crimes nazis, les actes de cruauté gratuite sur les humains et les animaux, les assassinats terroristes. Nos médias, nos hommes politiques, font de ces termes un usage pléthorique, souvent, sans doute, inconsidéré, dans la mesure où l’affectif supplante largement le rationnel.

 On peut donc dire que la notion de barbarie a fait un retour en force à partir du milieu du XXe siècle et nos contemporains croient, pour la plupart, à la barbarie, s’exposant ainsi à la critique de Lévi-Strauss, puisqu’ils ne prennent pas suffisamment garde au fait que ces termes suggèrent que ceux qui agissent, à leurs yeux, en « barbares » s’excluent du genre  humain pour rejoindre une sorte de sous-humanité. Utiliser inconsidérément ces termes implique donc qu’on s’expose à de redoutables contradictions. Avons-nous le droit d’exclure — ne serait-ce que symboliquement — de l’humanité d’autres humains pour la raison que leurs actes nous révulsent ?

" Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère ", écrit Baudelaire au début des Fleurs du mal. Il faut nous y résoudre. Tous ces barbares, nous devons les considérer comme nos semblables, nos frères. S’ils portent la « barbarie » en eux, alors nous la portons aussi.

Croire aux barbares et à la barbarie, c'est cliver irrémédiablement le genre humain. L'assertion de Lévi-Strauss garde toute sa pertinence.


Posté par SgrA°  , avatar eugènique savantasse

lundi 29 mai 2017

Un beau caducée

1441 -


Attribut du dieu Hermès dans la mythologie grecque, le caducée représente un bâton entouré de deux serpents entrelacés. Le caducée était censé guérir les morsures de serpents. Son pouvoir était donc apotropaïque. Toutefois, la signification de cette représentation est ambiguë. On sait en effet que deux serpents entrelacés sont en train de s'accoupler. Leur image pourrait donc être un symbole de vie et de vigueur sexuelle.

Voici un caducée bien vivant photographié récemment dans la garrigue du Haut-Var. Précisons que les deux partenaires sont des couleuvres.


Photographie : Rémi Colombet