mercredi 30 juin 2010

"C'est la vie" , de Jean-Pierre Améris

Elle. -- Vous ne dansez pas?

Lui.  -- Non.

On leur a demandé de reprendre cette courte séquence sept ou huit fois, et à chaque fois, sa réponse, différente des précédentes, a été juste, fine, sincère, émouvante.

Je ne suis pas tout-à-fait incapable de ce genre de performance -- quel acteur un peu entraîné, même amateur, comme c'est mon cas, ne le serait pas? -- mais là, sur un simple "non", moi qui me bornais à compter les coups de l'autre côté de la grande table, ça m'a quand même soufflé.

Et je me suis dit que, s'il était capable de se renouveler ainsi tout en restant toujours juste, c'est qu'il restait totalement concentré dans son personnage, et dans la vérité de son personnage. Tout son personnage, en somme, concentré dans un seul  "non". Et cela malgré tout ce monde et ce remue-ménage autour de lui, malgré ses sempiternels cigares et son statut de vedette, de monstre sacré.

Il ne danse pas parce qu'il va mourir; parce que la mort a déjà pris possession de lui et lui ôte la force et le courage de danser.

L'instant d'après, une farandole s'organise autour de cette table du repas de noces; on l'y entraîne; il s'écroule bientôt, rompant la chaîne des mains, exclu soudain de la chaîne joyeuse de la vie, dans la lumière de cette après-midi de mai. Un médecin se penche sur lui; son sort dépend désormais entièrement de la médecine, qui ne fait pas de miracles, comme le rappelle le Médecin du Roi se meurt.

Dans ce film, qui entrelace, comme dans un ballet, la vie et la mort, la souffrance et la tendresse, le cinéaste montre que, dans l'éclairage d 'une situation tragique, ce sont les paroles et les actes les plus simples qui sont les plus chargés de sens et prennent la plus grande valeur symbolique.

C'est la vie , film de Jean-Pierre Améris, avec Sandrine Bonnaire, Jacques Dutronc, Emmanuelle Riva, Annie Gregorio, Jacques Spiesser.

In memoriam Patricia

La paix soit avec nous. Et avec  nos esprits animaux.

( Rédigé par : J.-C. Azerty )

Sus aux épineuils!

Rêve : je suis embauché comme ouvrier agricole plus ou  moins bénévole dans une grande propriété. Au contremaître, j'exprime mon souhait qu'on m'affecte à creuser des trous, mais il me dit que mon boulot consistera plutôt à faire de la mécanique auto sur les moissonneuses-batteuses. Au pas de course, les nouveaux embauchés et le contremaître dévalent un terrain en pente; une gamine qui essaie de prendre vicieusement la tête s'en va bouler dans les pieds de vignes, où courent des bestioles semblables à de grosses punaises qui seraient dotées de museaux et de poils : ce sont des épineuils. Au bas de la pente, je suis doublé par une espèce de gentleman-farmer (ou VRP) en costume-cravate.

N.B. (27/01/2011) -  Epineuil est une commune de l'Yonne où je suis peut-être passé à l'époque où je résidais dans la région. Patrie d'Alfred Grévin (fondateur du  célèbre musée). Vignobles réputés.

La paix soit avec nous. et avec nos esprits animaux.

( Posté par : Jambrun )


mardi 29 juin 2010

Le "David" du Bernin : l'incomparable naïveté du coeur vaillant

Le David du Bernin compte sûrement parmi les plus belles réalisations du grand sculpteur et architecte, auquel il me semble qu'en général, en France en particulier, on n'accorde pas toute la place qu'il mérite. Cela tient sans doute en partie à la médiocre estime et à la médiocre connaissance que les gens ont de l'art baroque. Au fond, et malgré des travaux décisifs déjà bien anciens, comme l'ouvrage de V.-L. Tapié, les choses n'ont guère changé depuis le temps où Joris-Karl Huysmans, dans la Cathédrale, roman par ailleurs passionnant, faisait preuve d'une incompréhension obtuse à l'égard du grand autel baroque de la cathédrale de Chartres.

Le Bernin a donné à son David une expression inoubliable, mélange d'insolence, de détermination, d'énergie juvéniles. Il est la figure même de l'audace. Quand on le voit, on comprend tout de suite la vérité et la vertu de l'adage latin : audaces fortuna juvat.

Quand on regarde la statue dans son ensemble, on comprend combien cet art est aux antipodes de l'art classique français, qui privilégie l'immobilité, la permanence, comme cela se vérifie chez Poussin, chez Le Brun et chez les artistes qui ont travaillé pour Versailles, où le Bernin ne fit qu'un bref passage, en vue de réaliser une statue équestre de Louis XIV que le monarque, finalement, décommanda. "Je hais le mouvement qui déplace les lignes", dit la Beauté dans un poème où Baudelaire tire, au fond, à deux siècles de distance, la leçon de l'art français du Grand Siècle; un art où le geste se fige dans sa "vérité emphatique", même chez le moderne et romantique Delacroix.

Le David du Bernin est la négation de cette conception de l'art. Le sculpteur nous le montre au moment où il bande sa fronde, dans un mouvement de torsion de tout le corps, juste avant de décocher sa pierre à Goliath, qu'il vise au front. Art du mouvement, art qui vise à saisir l'instant -- l'instant décisif, celui où le destin bascule.

Il existe bien des photographies de cette statue. L'une des plus belles que je connaisse est un cliché en noir et blanc réalisé par Ferrante Ferranti pour le si beau livre de Dominique Fernandezla Perle et le croissant , ( Plon, collection Terre Humaine ) -- ouvrage aussi délectable qu'incontournable pour qui s'intéresse au baroque européen.

Comme cette statue donne raison à la préférence que Nietzsche affirme avec éclat pour l'Ancien Testament: " J'y trouve de grands hommes, écrit-il dans la Généalogie de la morale , un paysage héroïque et une chose rarissime sur terre, l'incomparable naïveté du coeur vaillant ; mieux encore, j'y trouve un peuple. "


La paix soit avec nous. et avec nos esprits animaux.

( rédigé par : La grande Colette sur son pliant )


Le Bernin, David  (Rome, galerie Borghèse)









Keith Jarrett / Charlie Haden : "Jasmine"

C'est une banalité que de remarquer que la contrebasse, dans un groupe de jazz, est l'instrument trop souvent sacrifié, l'instrument que l'auditeur oublie le plus aisément. Sonorité discrète, facilement couverte par les autres instruments, rôle d'accompagnement.
Le disque récent de Keith Jarrett et Charlie Haden, Jasmine, magnifiquement enregistré, rend justice à la délicatesse du travail de Charlie Haden, accompagnateur certes, mais avec quelle justesse, quelle invention, et surtout quelle musicalité.

Mais je me rends compte que je dis une bêtise. Haden n'est nullement un "accompagnateur"  de  Jarrett  : c'est du 50/50. La musicalité, l'invention, sont égales.

Au reste, dans ce disque tout empreint d'une élégance mélancolique, le toucher de Keith Jarrett, sa manière souverainement simple de dérouler et de faire vivre la mélodie, sa façon de s'effacer pour laisser la place à son partenaire n'est pas moins délicate que les manières de son compagnon. Tous deux explorent de conserve un univers musical qui transcende le genre de la ballade.

L'équilibre des deux instruments est quasiment parfait et donne à l'auditeur une sensation de profondeur verticale (contrebasse / main gauche du pianiste / main droite). Le swing est partout, sans être précisément nulle part : question d'alternance des voix, de répartition subtile des accents. Le discours est sans cesse renouvelé, sans aucun temps mort.

Toutes les plages sont admirables. J'ai une petite préférence pour le somptueux Goodbye (plage 7)


Keith Jarrett / Charlie Haden   Jasmine (ECM Records)


( Posté par : Babal )


Charlie Haden

Catalogue d 'oiseaux

A propos de grive musicienne, il doit bien exister dans le commerce des enregistrements d'oiseaux qui permettraient au néophyte de s'y retrouver un peu; ce serait d'autant plus utile que, si on entend l'oiseau, très souvent on ne le voit pas.

Moi qui suis un grand admirateur de la musique d'Olivier Messiaen, je n'ai jamais été convaincu par ses transcriptions de chants d'oiseaux pour le piano. J'ai toujours eu le sentiment que le choix de l'instrument tuait la poésie de l'original.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

( Rédigé par : SgrA° )

Une grive musicienne occupée à autre chose qu'à faire de la musique

La chasse aux belles plantes

Dans tout le massif des Alpes, le mois de juin voit les passionnés de plantes et de fleurs parcourir les sentiers, reflex sur le ventre et boîte à échantillons en bandoulière. En cet après-midi ensoleillé, près de la Fontaine de l'Ours, au-dessus de l'abbaye de Boscodon (Hautes-Alpes), sur quelques centaines de mètres du même sentier, une bonne fraction de la corporation semblait s'être donné le mot. De quelques bribes d'une conversation à mots couverts saisie au passage, je compris que quelques spécimens du rare sabot de Vénus avaient été signalés aux alentours. Je me risquai à bavarder avec l'un d'entre eux, qui ne tarda pas à me convaincre de mon ignorance crasse en matière de botanique, en me citant les noms latins de fleurs que j'avais photographiées la veille, et en me démontrant au surplus que je ne savais à peu près pas, en dehors des fonctions élémentaires, me servir de mon appareil numérique, qu'il manipula avec dextérité et dont il tira en un clin d'oeil des effets que je n'avais jamais soupçonnés. Il venait d'entendre le chant d'une grive musicienne qu'il me siffla avec une précision ahurissante. Sur ce, happé par le sillage d'un congénère qui lui avait marmotté au passage un nom composé en latin, il me planta là, sans même daigner me saluer. Mortifiée, je m'en fus sur un autre sentier, en quête de merveilles, dont celle-ci, dont j'ignore évidemment le nom.



De retour le soir, j'eus droit, au-dessus du parking désert, à un récital de la grive musicienne. Mais c'était peut-être un vulgaire merle. Quoi de moins vulgaire, d'ailleurs, que le chant du merle? A quelques subtiles singularités, j'intuitai qu'il s'agissait bien d'une grive musicienne. De toute façon, c'était à tomber.

Je ne me lasse pas de contempler l'extrême délicatesse de ces fleurs, leur merveilleuse sensualité, leur grâce impudique, presque obscène. Et dire qu'on permet aux enfants d'étudier la botanique, aux jeunes filles à peine pubères de se pencher sur leurs trop évidentes suggestions!


( Posté par : Onésiphore de Prébois , avatar eugènique agréé)

Sade blogueur ?

Le journal Le Monde, en quête de rentrées d'argent complémentaires, réédite, dans une collection matériellement soignée, quelques chefs-d'-oeuvre de la littérature érotique. Parmi eux, la Philosophie dans le boudoir, description de l'éducation libertine d'une jeune fille de quinze ans.

On ne dira jamais assez que ce texte, où abondent les descriptions d'ébats sexuels plus crues les unes que les autres, un peu lassantes à la longue, comme toujours chez Sade, qui n'a jamais craint le ressassement, est un texte éblouissant; l'un des plus grands textes philosophiques et politiques des Lumières, et que son pouvoir dérangeant, intact aujourd'hui, est beaucoup plus celui des idées qu'il défend que des scènes qu'il décrit.
Sa forme dialoguée l'apparente d'ailleurs beaucoup plus au genre du dialogue philosophique qu'à un véritable texte de théâtre.

Que des textes comme celui-là puissent être publiés dans des collections grand public sans que personne y trouve à redire dévoile les contradictions comiques de nos pratiques en matière de sexualité. Comme si le fait d'être considérés comme des classiques en atténuait le moins du monde le caractère sulfureux et le pouvoir dérangeant. Comme si un lecteur d'aujourd'hui ne pouvait pas les prendre au pied de la lettre.

Le livre, il est vrai, est étroitement gainé d'une enveloppe de cellophane scellée. La pudeur puérile et honnête est donc sauve!

Ce serait intéressant d'étudier, dans les médias, notamment à la télévision, les formes d'une langue de bois  (dans le texte et dans les images) qu'il est de bon ton d'utiliser pour parler de sexualité, dans les magazines comme aux heures de grande écoute à la télévision.

Imagine-t-on Sade débitant ses insanités sur un blog? Cela ne durerait pas longtemps! Immédiatement dénoncé par de vertueux lecteurs et lectrices, membres de diverses associations pour la protection de la jeunesse, l'auteur ne tarderait pas à se retrouver devant un juge d'instruction!

( Rédigé par : Babal )

Face à l'Atlantique

De la Pointe de Graves aux abords du Pays Basque, sur plus de 200km, s'étend une plage de sable fin, seulement interrompue par le goulet d'Arcachon, le long d'un   cordon de dunes élevées qui, dominant les platitudes environnantes de leurs quelques dizaines de mètres, font figure de petites montagnes. Marcher longuement sur ces plages, sous le soleil et dans le fracas des vagues, vous plonge rapidement dans un état de fascination un peu hébétée. On avance lentement vers des formes imprécises, entrevues de loin dans une brume de chaleur et de sel, dans le miroitement de l'eau, et qui sont celles de bâtiments beaucoup plus éloignés qu'on ne l'avait d'abord cru. On est très vite dans une solitude un peu angoissante. On franchit de temps en temps la dépression d'une dangereuse "baïne", qu'il vaut mieux éviter quand la mer monte, vous refoulant peu à peu vers le pied de la dune, où la marche, dans le sable sec et mouvant, est vite pénible. Pas une voile à l'horizon, pas un bateau de pêche, pas un cargo, seulement l'immensité océane, parfois un petit groupe de surfeurs, comme pour vous rappeler que l'Humanité existe encore. Ou bien, une plantureuse naïade, que, de loin, dans le viseur, et malgré le zoom, j'avais prise d'abord pour un homme, et qui ne m'a dévoilé son appétissante féminité que rentré à la maison!

( Rédigé par : J.-C. Azerty )


La mer à Carcans-plage (Gironde)

lundi 28 juin 2010

La plus haute vertu?

"Si nous aimons la vie, ce n'est pas par habitude de vivre, mais c'est par habitude d'aimer"

( Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra , traduction de Maurice de Gandillac)


( Posté par : Delphine )

dimanche 27 juin 2010

Zones érogènes

Les orogenèses érogènes d'Eugène... Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Tentons quelques explications...

Eh bien, pour commencer, j'ai trouvé ce titre euphonique. J'ai trouvé qu'il sonnait bien. C'est important; ça donne envie  de continuer; ça vous a comme un goût de revenez-y, et c'est important, pour le rédacteur, et pour l'éventuel lecteur. Premier point.

Eugène? Je ne m'appelle pas Eugène. Mais c'est un prénom que j'aime. Eugène, je le rappelle, veut dire "le bien né", celui qui est né sous d'heureux auspices. Toujours ça de pris.

Et puis, Eugène, c'est le prénom d'un écrivain que j'aurai beaucoup aimé. Jeune, je l'ai lu avec enthousiasme, avec jubilation. Plus tard, j'ai monté une de ses pièces, que j'apprécie particulièrement, notamment pour des raisons personnelles, Jacques ou la soumission. Et j'ai joué aussi un de ses personnages, Monsieur Smith, de la Cantatrice chauve. En hommage à l'auteur du Roi se meurt  et de Macbett, je m'appellerai donc, sur ce blog, Eugène.

...érogènes? Les zones érogènes du corps d'Eugène sont innombrables. Quelques décennies d'une vie amoureuse relativement active et diversifiée n'ont pas suffi à en dresser une carte complète. Il reste nombre de terrae incognitae... Ah! quel bonheur de sentir la peau de son dos, de ses cuisses, frémir et s'éveiller sous les doigts, les ongles d'une amoureuse experte! Je n'en dirai pas plus.Les intéressées se reconnaîtront.

Mais la zone érogène vraiment inépuisable et privilégiée d'Eugène, c'est son cerveau. A croire qu'Eugène est né sous le signe d'Eros. Tout, ou presque, en ce bas monde ( à part la guerre, la violence, la cruauté, certaines formes de bêtise) est susceptible de revêtir pour Eugène un caractère violemment érotique. les femmes, évidemment. Les chats, ça va de soi. Les fleurs des champs, la lecture, la musique, tous les arts, etc. etc. Et l'écriture. Ecrire est pour Eugène une activité hautement érotique. Même quand il n'y paraît pas.

La vocation érotique d'Eugène s'est révélée à lui vers l'âge de cinq ans, quand il respira avec volupté l'odeur des meules de foin (de vraies meules à l'ancienne) dans un champ de blé au bord de l'Huisne (département de la Sarthe). Le même jour, il tombait violemment amoureux, pour la première fois de sa vie, de la mère (une brune superbe!) d'un petit garçon de son âge, parfaitement inintéressant. 

Ce blog sera donc placé sous le patronage d'Eros. Tous les articles qu'Eugène y postera seront affectés d'un coëfficient (coëfficient, ça prend un tréma ou pas?) et d'un parfum puissants d'érotisme.

Orogenèses...?  Le mot, on le sait, désigne la formation d'une chaîne de montagnes. Les émois érotiques d'Eugène déterminent, on s'en doute, certaines intumescences... on voit ce que je veux dire, je pense... je n'insisterai donc pas. Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, comme dit le titre d'un roman de J.D. Salinger, autre écrivain dont Eugène est dévot.

Il se trouve que, depuis (pas mal d 'années) qu'Eugène traîne ses guêtres sur des sentiers de montagne, il s'est pris de passion pour les phénomènes d'orogenèse, dans toutes leurs variantes. Debelmas, Foucault et Raoult, Adolphe Nicolas et quelques autres figurent en bonne place sur les rayons de sa bibliothèque parmi les grands classiques de la littérature érotique. Eugène, on s'en doute, est tombé amoureux plus d 'une fois dans sa vie. Mais son plus grand amour, le plus durable, le plus fidèle, le plus indéfectible, le plus émerveillé, ça aura sûrement été la chaîne des Alpes, cet océan surgi du fond des eaux, replié, froissé, empilé, battu comme un paquet de cartes, ces milles et une beautés, à décourager tous les artistes...

http://www.geol-alp.com/

La paix soit avec nous. Et avec notre esprit des montagnes.

( Posté par : Jambrun )


Juste avant d'arriver au lac

vendredi 18 juin 2010

Un début

Eh bé, c'est un début. bonjour à tous. On s'expliquera un peu plus longuement quand j'aurai le temps.

( Posté par : Jambrun )