vendredi 5 novembre 2010

Feydeau misogyne?

La nouvelle mise en scène de On purge bébé et de Feu la mère de madame, de Georges Feydeau, par Alain Françon, frappe par le choix des comédiennes chargées du rôle principal de chaque pièce et par le jeu que le metteur en scène leur a demandé. Que ce soit Julie Follavoine , teigne remontée à bloc, incarnée par Dominique Valadié, ou Yvonne, grosse mémère à la voix de stentor (Anne Benoit), elles apparaissent comme d'agressives viragos face auxquelles le mari ne fait pas vraiment le poids, aussi bien Bastien Follavoine (Gilles Privat) que Lucien (Philippe Duquesne). Dans les deux cas, l'échange tourne à la scène de ménage plutôt violente, où les maris ont le dessous. Cela ne rend pas pour autant les épouses sympathiques, surtout la Julie de On purge bébé : de tous les personnages de ces deux pièces, c'est chez elle qu'on voit le mieux apparaître cette pente à la folie obsessionnelle qui fait le côté souvent monstrueux des personnages de Feydeau. C'est aussi dans On purge bébé que Françon met le mieux en lumière le principe des gags comiques de Feydeau : ils sont toujours le produit des obsessions  des personnages et font éclater leur échec à se maintenir dans une ligne de conduite normale et raisonnable, soumis qu'ils sont à la tyrannie de leur idée fixe.

Si  On purge bébé est vraiment une réussite, ce n'est pas vraiment le cas de Feu la mère de madame. Ici, Alain Françon semble moins à son aise, sans doute parce qu'il n'a pas su trouver le bon tempo. Sans aucun doute, dans Feydeau, ralentir le rythme tue le comique, en bloquant la mécanique à faire rire qu'est chacune de ses pièces. Mais que l'on joue, et surtout que l'on dise le texte un soupçon trop vite (au détriment de son intelligibilité, comme c'est plus d'une fois le cas ici), et la force comique s'évapore aussi. Il est possible que le niveau auquel l'éclairage a été réglé ainsi que le choix des gélatines empêchent la pièce de produire toute sa vivacité. Certes, il s'agit d'une scène de nuit, puisque Lucien rentre chez lui à quatre heures du matin. Mais le spectateur a du mal à se faire à cet éclairage réduit, maintenu tel quel tout au long de la pièce. Pourtant, les quatre comédiens sont, dans l'ensemble, excellents, en particulier la bonne (Dominique Valadié) et le valet de chambre ( Régis Royer). Ils introduisent dans ces vaudevilles Belle Epoque une note de commedia dell'arte fort bien venue. C'est peut-être dans cette direction , d'ailleurs, qu'il aurait été intéressant et productif de pousser le travail. Rien de plus agaçant qu'un spectacle dont on se dit qu'il aurait pu être excellent, qu'il a raté le coche de très près, sans qu'on sache vraiment pourquoi. Sans doute parce qu'il est resté entre deux chaises. La réussite, au théâtre, est au fond le résultat d'un ensemble d'impondérables. Mais si le metteur en scène ne fait pas des choix clairs, tranchés, et nettement assumés, la déception est inévitable.

On  purge bébé, avec Gilles Privat (Bastien Follavoine), Julie Pilod (Rose et Toto), Dominique Valadié (Julie Follavoine), Eric Elmosnino (Adhéaume Chouilloux), Anne Benoit (Clémence Chouilloux), Philippe Duquesne (Horace Truchet)

Feu la mère de madame , avec Anne Benoit (Yvonne), Philippe Duquesne (Lucien), Dominique Valadié (Annette), Régis Royer (Joseph)

Mise en scène : Alain Françon

Lire aussi sur ce blog :  -  Feydeau mis en scène par Alain Françon : du mariage au divorce
                                      - Feydeau par Jérôme Deschamps
                                      - Le Labiche de Pierre Pradinas
( Posté par : Angélique Chanu )


1 commentaire:

Anonyme a dit…

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