mercredi 30 janvier 2013

" Iphis et Iante " , d' Isaac de Benserade

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Ligde, le père d'Iphis, avait fait jurer à son épouse Télétuze qu'elle mettrait à mort leur enfant à naître, si c'était une fille, arguant qu'une fille serait un insupportable fardeau pour leur famille, à la fortune médiocre. Mais l'amour maternel l'a emporté. Télétuze a épargné sa fille, Iphis, et l'a élevée , en la faisant passer pour un garçon.

Ce qui devait arriver arrive. Iphis, devenu(e) jeune homme/jeune fille, tombe amoureu(x)se.... d'une fille ! 

Iante, l'élue de son ceur, partage son amour . Ligde, complètement abusé, pousse au mariage des deux amant(e)s, malgré l'opposition de Télétuze et d'Ergaste, amoureux d'Iphis.

Le mariage a lieu. Après une nuit de noces décevante pour la jeune épousée, la vérité se révèle. L'intervention d'Isis, déesse du mariage  ( et dea ex machina !), en transformant Iphis en garçon, permet une issue heureuse à une situation un rien abracadabrante.

De cette histoire, empruntée aux Métamorphoses d'Ovide, Isaac de Benserade a tiré une comédie, Iphis et Iante qui fut représentée en 1634, deux ans avant Le Cid. La tonalité généralement sérieuse de ses alexandrins admet cependant une assez grande diversité de nuances. L'écriture est souvent très proche de la comédie "bourgeoise" telle que Molière la pratiquera plus tard, jusqu'à frôler le registre de l'allusion prosaïquement grivoise, mais d'autres scènes sont d'un ton beaucoup plus "noble", voire tragique (Benserade est l'auteur de plusieurs tragédies).

L'actuel débat sur le mariage homosexuel ne fait qu'accentuer la modernité d'une pièce certainement audacieuse pour son époque. L'amour d'Iphis pour Iante est clairement de nature homosexuelle ; l'intéressé(e) ne peut s'y tromper puisqu'il /elle est le / la mieux placé(e) pour connaître la vérité . Il / elle se débat d'ailleurs dans le cas de conscience cruel où l'enferme le subterfuge mis en oeuvre par sa mère sur le conseil d'Isis. Le texte souligne fortement l'opposition entre le caractère parfaitement naturel de l'attirance qu'éprouvent les deux jeunes gens l'un pour l'autre et la censure exercée par le milieu social et par le poids des préjugés. L'amour d'Ergaste pour Iphis n'est pas non plus dépourvu de connotations homosexuelles, même si Benserade a limité l'audace de sa peinture en le mettant dans le secret du véritable sexe d'Iphis. Mais sur l'amour, le désir, le plaisir physique, la forte composante culturelle de la différenciation sexuelle, de l'institution du mariage et de la condition des filles, il proposait aux spectateurs de son temps, une riche matière à réflexions, toujours actuelles. Le désespoir d'Iphis, allant jusqu'à regretter que sa mère n'ait pas obéi à sa naissance à la demande de son mari, souligne l'effet mortifère de ces conflits entre le désir et sa répression sociale.

On savoure, dans le texte d'Iphis et Iante, une liberté d'allures qui apparente ce théâtre au théâtre anglais de l'époque élisabéthaine et jacobéenne. Le personnage d'Ergaste, par exemple, tout en excès, oscillant entre le tragique et le burlesque, aurait sa place dans un drame de Marlowe ou de Shakespeare. Le théâtre français, à l'époque de Benserade, n'est pas encore enfermé dans le carcan des règles.

On sait que du théâtre antique, du théâtre grec en particulier, n'est parvenu jusqu'à nous qu'un très petit nombre de pièces. Le reste, en dépit de rares découvertes,  est irrémédiablement perdu. On doit ce naufrage essentiellement à la sélection scolaire qui ne retint du répertoire que ce qui fut jugé le plus digne d'être étudié. Toutes les oeuvres non retenues furent donc beaucoup moins fréquemment recopiées et d'autant plus exposées à disparaître. D'où l'irréparable catastrophe culturelle que fut l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie ; ce qui vient de se passer à Tombouctou est du même ordre.

C'est aussi aux effets de la  sélection scolaire qu'on doit l'oubli de textes pourtant aussi passionnants que celui d' Iphis et Iante. Certes, le dommage n'est pas irrémédiable puisqu'ils continuent d'attendre, dans la poussière des bibliothèques, que des chercheurs, des lecteurs, des gens de théâtre, les ressuscitent. Mais cette résurrection de la comédie de Benserade, auteur fort peu fréquenté aujourd'hui, nous fait mesurer la relativité de nos hiérarchies culturelles usuelles et les lacunes de nos connaissances. Beaucoup d'autres textes de cette époque, qui fut d'une remarquable richesse littéraire, méritent certainement d'être exhumés.

A l'issue de la représentation, l'autre soir, Jean-Pierre Vincent se définissait modestement comme un créatif et non comme un créateur. La frontière entre les activités de l'un et celles de l'autre n'en est pas moins difficile à tracer avec précision. De concert avec son dramaturge, Bernard Chartreux, il a élagué le texte de Benserade d'un certain nombre de tirades, jugées "trop discoureuses". On veut bien le croire sur parole, mais on peut penser aussi que ce travail d'adaptation a quelque peu modifié la tonalité originelle de la pièce. Le caractère artificiel du dénouement justifie le traitement joyeusement burlesque qu'en proposent Jean-Pierre Vincent et ses comédiens . Leur verve emporte l'adhésion mais leur approche ne correspond certainement pas  à ce que virent et ressentirent les spectauteurs  -- les spectateurs ! je garde cette heureuse faute de frappe ! -- réunis au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne en  1634. Ainsi, le travail remarquable de cette équipe, s'il n'est pas une création, est au moins une véritable re-création d'une oeuvre qui en sort  "ni tout-à-fait la même ni tout-à-fait une autre", comme disait  Popaul.

Interprétation remarquable de tous les comédiens. Suzanne Aubert campe une Iphis intense, et Barthélémy Meridjen se sort brillamment du rôle périlleusement contrasté d'Ergaste. Beau décor, sobre et efficace, de Jean-Paul Chambas, superbement mis en valeur par les éclairages d'Alain Poisson, en harmonie avec les costumes de Patrice Cauchetier, le tout donnant souvent des images d'une très grande beauté.

Iphis et Iante, d'Isaac de Benserade. Mise en scène : Jean-Pierre Vincent. Dramaturgie : Bernard Chartreux. Décor : Jean-Paul Chambas. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumière : Alain Poisson.  Iphis: Suzanne Aubert. Iante : Chloé Chaudoye. Téleste : Eric Frey. Ligde : Charlie Nelson. Télétuze : Anne Guégan. Ergaste : Barthélémy Meridjen. Nise : Antoine Amblard. Mérinte : Mathilde Souchaud.  La déesse Isis /la confidente de Télétuze : Catherine Epars.


Additum (25/02/2013) . - On ne croirait pas, mais je soupçonne pourtant fortement Benserade d'avoir exercé une influence détestable sur la formation des cadres de l'armée française juste avant la guerre  de 14 et d'être donc pour quelque chose dans les difficultés de nos troupes dans les premiers mois de la guerre. Je lis en effet dans Lectures pour une ombre, sorte de journal tenu par le troufion Giraudoux pendant la campagne avortée d'Alsace, à la date du 22 août 1914 :

" Vie de garnison toute la matinée grâce à mon adjudant des dernières manoeuvres, avec lequel je bois le café , et qui tente de m'apitoyer sur son récent échec à Saint-Maixent : échec injuste cette fois ; on lui a demandé à l'oral ce qu'il pensait de Benserade. "

Benserade au concours d'entrée à Saint-Maixent ! En 14 ! Echenoz doit pas la connaître, celle-là.



Iphis et Iante, mise en scène de Jean-Pierre Vincent (photo : Raphaël Arnaud)



mardi 29 janvier 2013

Launch the drone !

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La langue anglaise doit une bonne partie de sa séduction sonore à son vocalisme si particulier et si chantant. D'abord parce que la différence entre voyelles longues et voyelles brèves est nettement marquée, et qu'on peut faire traîner certaines voyelles longues presque autant qu'on veut, ensuite parce que nombre de voyelles de l'anglais sont modulées, à la façon de micro-galaxies sonores qui tourneraient lentement sur leur axe. Les voyelles du français sont pratiquement toutes égales en longueur et elles ignorent aussi cette façon de faire tourner le son.

Le résultat est qu'un poème de Musset (par exemple) et un poème de Keats appartiennent à des univers sonores et poétiques aussi différents qu'une sonate de Haydn et un râga de l'Inde.

Pour illustrer ces particulières séductions de la langue et de la poésie anglaises , voici deux vers de Keats pris au hasard sur le site John-Keats.com , extraits du poème On leaving some Friends at an Early hour  :

" ... The while let music wander round my ears ,
And as it reaches each delicious ending ..."

Hein ? Gouleyant, n'est-il pas ?

Mais n'importe quel passage ferait tout aussi bien l'affaire.

C'est pourquoi , dans le cas d'un poète comme Cummings , qui joue si habilement  ( au sein d'un discours résolument a-grammatical ) du pouvoir expressif des sons , toute tentative de traduction, quel que soit le talent du traducteur , est presque immanquablement vouée à un résultat burlesque.

Mes connaissances en informatique me permettant de percer les codes secrets les plus sophistiqués, j'ai récemment surpris, sur un site de l'US. Air Force , cette bribe de conversation entre un officier des services spéciaux et une certaine Jane , apparemment une technicienne chargée de la gestion des drones :

" O.K. , Jane , launch the drone ! "

Mesure-t-on sur cet exemple combien la sensuelle volupté de la langue anglaise nous fait instantanément oublier le caractère purement utilitaire et guerrier de l'injonction ? Grâce à mes relations amicales avec la mouvance talibane, j'ai appris que le chef taliban visé par le drone en question écoutait en même temps que moi le même  mélodieux message . Totalement charmé (au sens fort -- surtout "Jane" , tu imagines l'effet sur un islamiste pur et durement frustré ), il en oublia totalement de plonger aux abris, pour son malheur. Quand on vint le ramasser, son visage arborait un sourire aussi ravi que crétin.

On conviendra que le but d'une armée en campagne étant de gagner les coeurs, l'atout d'une langue aussi séductrice ne saurait être sous-estimé.




lundi 28 janvier 2013

Caspar Wolf : le peintre dans son atelier, ou: le sens de l'équilibre !

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Le bonhomme sous un parasol, installé entre deux autres "alpinistes" sur le gros rocher à gauche du tableau, c'est le peintre ! On se demande bien comment tous trois (plus le chien) sont parvenus jusque là ! Caspar Wolf (1735/1783) s'est représenté en train de croquer ses compagnons géologues qui examinent des pierres aux abords du glacier du Lauteraar,  dominé par le massif des Lauteraarhörner, au coeur des Alpes Bernoises. Cette composition pleine de drôlerie, de charme et de majesté a été peinte en 1776. La peinture de Wolf dit, en même temps que Rousseau et que Saussure, et avant Stendhal, que la contemplation des cimes élève l'âme, étant une leçon de beauté et de sérénité joyeuse. Innocente et puissante gaieté des montagnes. Le manque  étreint mon coeur amoureux d'elles.

Ce n'était pas le point de vue de Buffon, pourtant éminent savant naturaliste. "La nature brute est hideuse" , écrivit-il . Jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, l'idée que la montagne pouvait être belle n'avait encore effleuré à peu près personne. Ainsi, avant Caspar Wolf, les paysages alpestres n'attirèrent guère les artistes, sinon à des fins documentaires. Wolf fait véritablement figure de pionnier à cet égard. Dans ses oeuvres, la splendeur harmonieuse des sites passe au premier plan.

A la suite de Caspar Wolf en revanche, et particulièrement à l'époque romantique, les paysages des Alpes suisses ont inspiré plus d'un peintre.  Le plus connu, au siècle suivant, reste sans conteste Turner, qui, en 1842, entre Bâle et le  Saint-Gothard, illustra ses carnets de voyage d'admirables aquarelles D'autres paysagistes de grand talent, comme Franz Niklaus König, Maximilien de Meuron, Barthélémy Menn, Alexandre Calame, François Diday,  Jakob Zelger , Rudolf Koller, Johann Gottifried Steffan, Frank Buchser, imposèrent, dans la première moitié du XIXe siècle, une brillante école suisse du paysage. A leur époque, leurs oeuvres, aujourd'hui peu connues , connurent souvent un très grand succès. Ils peignirent d'admirables toiles représentant nombre des sites les plus célèbres de la Suisse romande et alémanique . Au XIXe siècle, des peintres paysagistes de grand talent oeuvrèrent aussi  en Allemagne (Caspar-David Friedrich) et en Autriche (Ferdinand-Georg Waldmuller). L'art des uns et des autres est fortement marqué par l'influence des grand Hollandais du XVIIe siècle (Ruysdaël, Paul Potter).

On se doute que le glacier du Lauteraar n'a plus tout-à-fait la splendeur du temps où Wolf l'a peint , encore que ces glaciers relativement septentrionaux aient mieux résisté au réchauffement climatique que d'autres glaciers des Alpes . J'ai pu observer le recul spectaculaire, d'année en année, de certains glaciers d'Oisans, comme le glacier d'Arsine, et disparaître (ou quasiment disparaître) en haute Ubaye le glacier de  Marinet, au pied de l'aiguille de Chambeyron, le plus méridional des glaciers des Alpes françaises.



Caspar Wolf, le Glacier du Lauteraar , Kunstmuseum, Bâle (cliquer sur l'image pour l'agrandir)

samedi 26 janvier 2013

" Le Carnet du bois de pins " de Francis Ponge : dans l'atelier du peintre

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Enfant, les bois de pins furent pour moi les lieux d'expériences sensibles qui comptent dans une vie parce qu'elles fixent des archétypes auxquels la mémoire toujours remontera plus tard, y confrontant les expériences ultérieures. Sur ces terres du Maine où je vivais alors, les landes sablonneuses, fréquentes dans cette région, portaient de nombreuses  forêts de pins . Au sortir d'une maladie d'enfance assez grave, le médecin avait recommandé à ma mère de m'emmener le plus souvent possible respirer l'air, réputé salubre, des pinèdes. En ces années de l'immédiate après-guerre, les occasions de se distraire et de voyager n'étaient pas très nombreuses pour les familles aux moyens modestes, comme la mienne. Aussi les promenades à  pied ou, plus tard, à vélo, dans la campagne environnante, étaient-elles fréquentes et appréciées. Je suis resté fidèle, même si le passage du temps les a émoussées, aux sensations de ce temps-là : l'odeur de la rivière mariée à celle des blés fraîchement moissonnés, l'odeur des haies chargées, selon la saison, de fleurs d'églantier ou de mûres, l'odeur des pinèdes chauffées par le soleil d'été . J'ai eu, comme un autre,  mon côté de Guermantes et mon côté de Méséglise,  le côté de la vallée au bas du village avec ses champs de blé et ses haras, aux prairies coupées par la grande route droite bordée d'admirables peupliers qu'on a fini par couper (1) pour l'élargir,  la rivière où nous allions nous baigner et pêcher, et puis, de l'autre côté, le long coteau, avec son gros château  et ses jardins largement installés à la rupture de la pente, et ses vastes pinèdes sur le revers.

Je me souviens des pique-nique dans cette luxueuse pinède , avec ses grands arbres, son tapis d 'aiguilles et son odeur de résine chauffée par le soleil de juin. Je suppose qu'elle a depuis longtemps disparu, rongée par les lotissements, les zones commerciales, dans ce village situé trop près de la grande ville pour n'avoir pas fini par lui être annexé au titre de banlieue résidentielle. Cette pinède de mon enfance, c'était vraiment un somptueux monument naturel que seul, peut-être, mon souvenir  maintient encore à l'existence. Oui, j'ai laissé un peu de mon coeur dans ces vastes pinèdes , somptueuses, aérées, parfumées,  où le vent dans les cimes faisait chanter le silence.

C'est dire si je suis sensible à ce Carnet du bois de pins, suite d'esquisses écrites par Francis Ponge en août et septembre 1940, à la Suchère, en Haute-Loire, où il avait rejoint sa famille pendant l'exode. Comme les autres textes réunis dans La Rage de l'expression (quel titre magnifique!), tous écrits en 1940/1941, il ne s'agit pas d'un texte achevé, mais plutôt d'un carnet d'esquisses, travail de recherche, work in progress. Ponge en a écrit l'essentiel au jour le jour (il en date les fragments successifs) en trois semaines, du 7 août au 31 août 1940.

Ponge a dû savourer ce qu'il appelle "le plaisir des bois de pins" --  plaisir bien particulier dont je confirme l'existence -- dans des pinèdes très semblables à celles de mon enfance, quoiqu'un peu plus montagnardes. Il ne se demande pas trop ce que doit cette architecture naturelle monumentale qu'il admire à l'action de l'homme ni ne précise de quelle variété de pins il s'agit. Comme son ami Gabriel Audisio le lui écrit alors, les différences sont considérables d'une essence à l'autre. " As-tu songé, lui écrit-il, que tes pins sont pins des régions où tu as vécu -- le pin rigide à long fût vertical (pareil à celui que l'on nomme pariccio dans les forêts des montagnes corses, et dont on fait les mâts de navires --, mais qu'il n'a rien de commun avec le bois de pins maritimes de mes rivages -- tordus, tourmentés -- ni avec les pins parasols majestueux et volontiers solitaires -- ni avec les pins légers, dessinés au crayon, des régions terriennes de la Provence ou de l'Attique ? " . 

Je pense que mes pinèdes étaient plantées de pins  sylvestres, au fût élancé, à  la ramure haute, et c'est aussi à cette variété que font penser les descriptions de Ponge.


A l'époque,  Ponge ne se considère pas comme un poète -- attitude qui doit paraître (à tort) étonnante à beaucoup de ceux qui abordent ses textes aujourd'hui, et qui le considèrent comme un poète, à commencer par son éditeur Gallimard !  " J'ai besoin du magma poétique, écrit-il alors , mais c'est pour m'en débarrasser . " Il définit son entreprise comme "un effort contre la "poésie" " . Elle est plutôt pour lui une entreprise de connaissance scientifique du réel, à l'aide des armes du langage, telles, cependant, que la  rhétorique et la poésie les ont forgées et utilisées. Il rêve de fixer la vérité du réel au moyen de " formules claires " dont il trouve le modèle chez La Fontaine, et qui devraient aboutir à  un "rapport objectif" sur les objets qu'il peint.



Se poser comme un nième poète de la nature ne l'intéresse pas. Ponge fait partie de ces écrivains qui considèrent que se lancer dans une entreprise littéraire ne se justifie que si l'on ouvre un champ d'investigation encore vierge. C'est une autre façon de se rapprocher de la recherche scientifique. A Gabriel Audisio, il écrit : "Je tiens en tout cas que chaque écrivain "digne de ce nom" doit écrire contre tout ce qui a été écrit jusqu'à lui ( doit dans le sens de est forcé de, est obligé à ) -- contre toutes les règles existantes notamment . "

Dans sa lettre (2), Gabriel Audisio pointe, de son côté, ce qu'il considère comme les contradictions et les impasses du projet de son ami : "La chimère, lui écrit-il notamment, c'est de vouloir restituer intégralement l'objet. Tu n'arriveras jamais qu'à donner une idée, un moment, d'un objet . ( et peut-être même si tu choisis, au lieu d'un bois de pins, frémissant, évolutif, un objet en apparence aussi fixe que le galet, qui est quand même un organisme infiniment changeant. )". 

De fait, le Carnet du bois de pins utilise des formules généralisantes  telles que celle qui ouvre le carnet et lui donne son titre : "le plaisir des bois de pins". Sans contester à Ponge la dimension scientifique de son entreprise, on peut se demander si, à cette époque, il a une conscience claire de la nature de la science qu'il ambitionne de constituer. Je  reviendrai plus loin sur ce problème.

Le souci d'employer un vocabulaire aussi exact et précis que possible est très marqué dans le Carnet des bois de pins   Pour nourrir et orienter son travail, Ponge se livre d'ailleurs à des recherches lexicales dans le Littré . Mais les ressources des armes les plus usuelles du langage poétique, la comparaison et la métaphore, sont immédiatement exploitées :

" Le plaisir des bois de pins :
  L'on y évolue à l'aise (parmi ces grands fûts dont l'apparence est entre le bronze et le caoutchouc). Ils sont bien débarrassés. De toutes les basses branches . Il n'y a point d'anarchie, de fouillis de lianes, d'encombre. L'on s'y assied, s'y étend à l'aise. Il règne un tapis partout. De rares rochers les meublent, quelques fleurs très basses. Il y règne une atmosphère réputée saine, un parfum discret et de bon goût, une musicalité vibrante mais douce et agréable. "

Ces premières notations esquissent des pistes qui vont être développées par la suite, et faire l'objet d'une succession de variations. Des "grands fûts dont l'apparence est entre le bois et le caoutchouc"  , on glisse, quelques lignes plus loin, à de "grands mâts nègres ou tout au moins créoles" ; La métaphore du navire, ici esquissée, ne sera finalement pas exploitée autant que d'autres que l'écrivain semble mettre en concurrence, comme pour en tester la productivité :

" Non !
  Décidément, il faut que je revienne au plaisir du bois de pins.
  De quoi est-il fait, ce plaisir ? -- principalement de ceci : le bois de pins est une pièce de la nature, faite d'arbres tous d'une espèce nettement définie ; pièce bien délimitée, généralement assez déserte, où l'on trouve abri contre le soleil, contre le vent, contre la visibilité ; mais abri non absolu, non par isolement. Non ! c'est un abri relatif. Un abri non cachottier, non mesquin, un abri noble.
  C'est un endroit aussi (ceci est particulier aux bois de pins ) où l'on évolue à l'aise, sans taillis, sans branchages à hauteur d'homme, où l'on peut s'étendre à sec, et sans mollesse, mais assez confortablement.
   Chaque bois de pins est comme un sanatorium naturel, aussi un salon de musique...une chambre, une vaste cathédrale de méditation (une cathédrale sans chaire, par bonheur) ouverte à tous les vents, mais par tant de portes que c'est comme si elles étaient fermées. Car ils y hésitent. "

Ainsi , par la justesse savoureuse des mots et des images, les notations initiales varient et s'enrichissent par une succession de déplacements et de recombinaisons. La pièce devient un hangar, une halle, un auditorium, un temple, un boudoir : "Pénétré-je dans la brosserie (brosses, peignes aux manches fins ciselés de lichens, épingles à cheveux) d'une gigantesque rousse, créole, parmi ces enchevêtrements, ces lourds parfums ? Ces grosses pierres par-ci par-là, quittées sur la table de la coiffeuse ? "... Rêverie très baudelairienne... L'ensemble dans une tonalité à dominante lyrique qui amène Ponge, en dépit de sa position de principe anti-poétique, à essayer des ressources de l'alexandrin et du décasyllabe au long d'une série de variantes d'un même poème dont la version définitive ne sera finalement pas proposée, l'auteur suggérant au contraire d'en combiner les éléments selon un schéma aux multiples possibilités ( on songe aux Cent mille milliards de poèmes, que Raymond Queneau publiera en 1961). ) :

Toute une brosserie haut touffue de poils verts
Aux manches de bois pourpre entourés de miroirs
Escamote une forme issue de la baignoire
Ou marine ou lacustre au bas-côté fumante
Qui ne laisse au tapis élastique et vermeil
Des épingles à cheveux odoriférantes
Secouées là par tant de cimes négligentes
qu'un peignoir de pénombre entachée de soleil
Obliquement tissu d'atomes sans sommeil.

De cette suite d'une quinzaine de variations versifiées, Ponge ne sera pas satisfait, finissant par conclure que "Tout cela n'est pas sérieux", le résultat ne lui paraissant pas à la hauteur du travail acharné qu'il a dû fournir pour passer de la prose au vers :

" J'ai voulu  de ce poème en prose faire un poème en vers. Alors que j'aurais dû défaire ce poème en prose pour intégrer les éléments intéressants qu'il contenait dans mon rapport objectif (sic) sur le bois de pins. " (3)

Ainsi Ponge affirme-t-il -- contre l'avis de Paulhan qui lui écrivait : "Désormais le poème en prose n'est plus pour toi " -- une vocation et un programme qui trouveront leur pleine expression dans Le parti-pris des choses, publié en 1942.

Gabriel Audisio avait raison de dénoncer comme une chimère l'ambition de parvenir à tout dire de l'objet. Au vrai, dans le Carnet du bois de pins, comme dans les autres textes de La rage de l'expression, l'écriture de Ponge semble tourner autour de l'objet, tenter de le cerner sans jamais y parvenir, dans une quête langagière jamais achevée et d'autant plus grisante, pour son  auteur comme pour son lecteur.

Francis Ponge est mort en 1988. Il ne me semble pas qu'aujourd'hui son oeuvre soit très fréquentée. Il reste pourtant un maître incomparable d'écriture et de rigueur subtile dans la conduite méthodique de la rêverie poétique, exploitant toutes les ressources du langage.

Il restera un maître du réalisme, aussi modeste en extension (par l'étendue et la nature des objets qu'il envisage) qu'ambitieux en compréhension . " Sans doute, écrit-il au début de Méthodes, ne suis-je pas très intelligent : en tout cas les idées ne sont pas mon fort ". La bêtise non plus, d'ailleurs, car toute son oeuvre en témoigne : être intelligent, ce n'est jamais autre chose qu'avoir l'intelligence de quelque chose. Or s'il est relativement aisé d'avoir l'intelligence d'une idée, et même de tout un système philosophique, en revanche il est très compliqué d'accéder à l'intelligence du plaisir des bois de pins, d'un abricot ou d'un simple verre d'eau, qui sont tout, sauf des choses simples. Confrontées à l'infinie complexité du  réel, nos idées sur le réel, même les plus sophistiquées, restent des idées simples, sinon simplistes .

Reste le problème de la légitimité de l'ambition scientifique de Ponge. Refusant le statut de poète, fait-il pour autant oeuvre scientifique ? Et sa science, si science il y a, de quoi au juste est-elle science ? Gabriel Audisio pensait que son ami échouerait à rendre compte de la totalité de l'objet. Tout au plus, pensait-il, pourrait-il cerner un état momentané de l'objet . Il est certain que la démarche de Ponge est constamment essentialiste , comme cela se vérifie dans les textes du Parti-pris des choses et dans les textes ultérieurs. Ses textes  font souvent penser aux textes des savants naturalistes, un Buffon par exemple. Les états momentanés de l'objet ne l'intéressent visiblement pas, et c'est là-dessus qu'on peut contester la scientificité de son entreprise. En effet, si science il y a, de quoi est-elle une science ? Si l'on considère qu'il s'agit d'une science de l'objet lui-même, on conviendra que Ponge n'obtient que des résultats aléatoires et fragiles. Manifestement, sur ce terrain, les spécialistes des science de la nature sont bien plus efficaces que lui et obtiennent des résultats autrement solides. Mais la science pongienne n'est pas une  science de l'objet, ce dont, à mon avis -- à s'en tenir aux termes de sa réponse à Audisio -- il n'a pas conscience en 1940. Si elle est une science, elle ne peut-être qu'une science du phénomène de l'objet à la conscience. Elle est une phénoménologie. A ce titre -- et compte tenu de la pertinence et de la précision scrupuleuse de ses descriptions -- elle peut prétendre à être reconnue comme un savoir. Et c'est là, me semble-t-il, qu'on peut chicaner Ponge, en prenant en compte l'objection de Gabriel Audisio : Ponge peut-il ,  en toute rigueur, proposer autre chose qu'une phénoménologie de l'objet dans un de ses états momentanés à la conscience, ou plus exactement à  sa conscience ? On a vu qu'il ne le fait pas, sa description oscillant entre une phénoménologie et une ontologie.

Tout compte fait, je me dis qu'il n'y a rien de scientifique là-dedans et que la rêverie pongienne élabore bien plutôt une mythologie de ses objets d'élection. De ce bricolage proche, en définitive, de celui du peintre, sortent, à l'usage du lecteur, de purs objets de jouissance. Même si, à l'époque du Carnet des bois de pins, Ponge rejetait l'appellation, il est bien un poète.

Ainsi prévaut pour nous le charme souverain et le pouvoir d'envoûtement d'une oeuvre qui nous rend présente et sensible à chaque page la merveilleuse complexité du réel et la merveilleuse complexité de nos rapports avec le réel et qui, en plus,  nous guide sur le chemin d'une  meilleure compréhension du réel , que dire ? --  Francis Ponge : what else ?


Notes . - 1  : au début des années soixante . Je ne me suis pas encore remis de ce scandale !

            -  2 : lettre placée par Ponge, ainsi que sa réponse, en appendice au Carnet du bois de pins.

            -  3 : le (sic) -- en italiques dans le texte -- suggère que Ponge ne croit pas trop à cette objectivité !



Francis Ponge,  Le Carnet du bois de pins , in La Rage de l'expression ( Gallimard / Bibliothèque de la Pléiade )


Jean-Siméon Chardin ,  Verre d'eau et carafe



L'humain va jusqu'où va l'amour (Italo Calvino)

821 -



                Quelle différence entre un Palestinien et un pâle Estonien ?

                         -- Y en a point. J'fréquentons point ces gens-là,  moué .

                Quelle différence entre une Palestinienne et une pâle Estonienne ?

                         -- Y en a point. J'consommons tout ce qui s'présente, moué.



( Posté par : Marcel )


Io sono Marcello

vendredi 25 janvier 2013

Présumée coupable

820 -

Ce matin, dans les boutiques de mon village, il n'était question que de la libération de Florence Cassez . Les commentaires ne devaient pas être très éloignés de ce qu'on a entendu sur le sujet dans les rues de Mexico ; la plupart trouvaient qu'on en avait fait beaucoup trop pour le retour de cette femme : bon, elle dit qu'elle n'est pas coupable, mais qu'est-ce qu'on en sait, nous aut' ? Et puis elle a trop bonne mine pour être honnête. Et d'ailleurs , la chanson de l'innocent injustement emprisonné,  on la connaît , d'autres nous l'ont déjà serinée. 

D'autres, les accusés d'Outreau par exemple, que défendit justement l'avocat de Florence Cassez. Qu'est-ce qu'on en savait, nous aut', de cette affaire de pédophilie ? Rien de plus que ce qu'en avait dit la presse à l'époque du procès, c'est-à-dire pas grand-chose. On a tous découvert l'étendue du scandale, tout éberlués, quand la principale accusatrice s'est rétractée. Si elle ne l'avait pas fait, la plupart des acquittés d'Outreau croupiraient encore en prison.

Dans le cas de Florence Cassez, on a eu le temps de s 'informer, puisque voilà sept ans qu'elle y croupissait, en prison. Mais combien d'entre nous ont vraiment pris cette peine ? Là encore, nous nous sommes contentés, pour la plupart, du peu d'informations que la presse nous a délivrées. Alors qu'il suffisait d'insister un peu, d'aller à la pêche, à droite et à gauche, sur internet par exemple, pour découvrir l'énormité du scandale. Les erreurs et les fautes du juge Burgaud et, sans doute, de la police française, dans l'affaire d'Outreau, ne sont qu'amusettes de cour de récréation, comparées aux manipulations illégales, délictueuses, criminelles, auxquelles s'est livrée la police mexicaine, sur les ordres et avec l'aval de son chef de l'époque, Genaro Garcia Luna, le ministre de l'insécurité publique de l'ex-président Calderon. Mise en scène d'une arrestation fictive,  témoignages obtenus sous la pression, l'intimidation, voire la torture, enquête incroyablement bâclée : il aura fallu pourtant sept ans pour que la justice mexicaine finisse par reconnaître la nullité du dossier d'accusation, grâce aux efforts obstinés de l'accusée, de son avocat et de ses soutiens, et non des moindres.

Malgré cela, il s'est trouvé, dès la descente d'avion de Florence Cassez,  des journalistes pour lui poser la question obscène : êtes-vous vraiment innocente ? On en a honte pour eux. Mais sans doute ces professionnels de l'information étaient-il en réalité aussi mal informés que le pékin moyen. Ils devaient ignorer, par exemple, que, dès novembre 2010, la conférence épiscopale du Mexique proclamait  "l'absolue innocence" de Florence Cassez. Mais on sait que la charité chrétienne est un alcool fort , comme le signalait déjà, je crois, Georges Bernanos dans le Journal d'un curé de campagne : il convient donc de ne pas en abuser.

Au vrai, la femme que notre ministre des affaires étrangères est allée accueillir à sa descente d'avion n'est pas seulement l'innocente victime d'une erreur judiciaire réitérée, arc-boutée sur des manipulations policières : elle est une martyr. Martyr de la vérité, comme les accusés d'Outreau. Et d'abord,  comme eux, seule contre tous.

N'allons pas pour autant crier trop vite haro sur la justice mexicaine. Dans nos prisons aussi croupissent sans doute des innocents. Pour ne pas mourir idiots, renseignez-vous donc, par exemple, sur l'affaire Dany Leprince. Vous serez édifiés.


Additum  . - Sept ans après son arrestation, l'ex-petit ami de Florence Cassez, considéré comme le chef du gang des ravisseurs, continue de croupir dans une prison mexicaine sans jamais avoir été présenté à un juge ni avoir été interrogé par la justice mexicaine ni, bien entendu, jugé ! La soeur de ce personnage, pourtant très fortement soupçonnée d'avoir été la complice de son frère, n'a jamais été inquiétée ni même interrogée ! Sans commentaire.









jeudi 24 janvier 2013

A la recherche de la note juste

819 -

" Sur une note juste, dit un personnage de l'Ondine de Jean Giraudoux, l'homme est plus en sécurité que sur un navire de haut-bord . "

Chaque jour que la vie nous fait, il faudrait écouter un peu de très bonne musique, peu importe laquelle, mais de la très bonne.

Car le bon musicien est incessamment  à la recherche de la sécurité de la note juste. Très souvent, il la trouve. Ainsi nous embarque-t-il, en sécurité, sur son navire de haut-bord, dans l'ivresse de la justesse. C'est ce que montre Michel Bernard dans les Forêts de Ravel.

Un art de vivre et une morale : c'est ce qu'implique la quête de la note juste, véritable quête du graal.  Quête de l'impossible perfection, voilà, au juste, ce qu'elle est.

C'est pourquoi il est vital d'accorder à l'art une place d'honneur dans notre vie. Car les artistes sont en quête de perfection, même dans l'ironique imperfection de l'aléatoire ou de l'improvisation, qui est aussi une forme de perfection . La note juste. Le mot juste. La touche juste.

Ils nous enseignent par leur exemple à  trouver nous aussi, à chaque instant de notre vie, la note juste, condition de l'accord de soi à soi. Ils nous guident par la main,  pas à pas, sur ce chemin difficile. Car toute la différence entre la vie et l'art, c'est que, si l'oeuvre d 'art est un enchaînement de notes justes, dans la vie nous ne cessons de perdre la piste de la note juste.

Aussi ma gratitude est-elle inépuisable envers tous les artistes qui m'ont montré la voie de la note juste, et mon émerveillement devant leurs réussites dans ce domaine, intact. Il y  a Corneille et il y a Koltès. Il y a Baudelaire et il y a Michaux. Il y a Balzac et il y a Echenoz. Il y a Kiefer et il y a Caravage. Il y a Keith Jarrett et il y a Monteverdi.

La note juste est dans l'art de trouver sa  voix et elle est dans un geste de tendresse. Elle est un art de la marche (de la démarche aussi, comme l'a montré Balzac)  et un art de la lecture. Un art de respirer. Un art de vivre avec les autres. Un art de la justesse et un art de la justice.

La note juste se trouve seul ou à plusieurs. L'amour physique est une quête de la note juste. Et l'amour tout court,  bien entendu.

La note juste est une affaire de justesse et une affaire de justice.

Hier, au Mexique, cinq hommes ont su trouver la note juste. Justice et  charité mêlées. Notre émotion, à l'annonce de la libération de l'innocente, est une note juste. Il aurait été mieux encore de l'aider activement à ce que justice lui soit rendue. Mais il est juste, déjà, de nous sentir solidaires.

Je pense à ce beau texte d'Anatole France où Monsieur Bergeret s'interroge sur les rapports entre la justice et la charité. Il préfère manifestement  la première à la seconde. C'était l'époque,il est vrai, où la France républicaine se construisait une morale laïque. Mais il n'y a pas de justice authentique qui ne soit éclairée de charité.


Honoré de Balzac ,  Théorie de la démarche , in Etudes analytiques  ( Gallimard / Bibliothèque de la Pléiade )


Paul Klee

mercredi 23 janvier 2013

Au-dessus de l'Hudson

818 -

Sur cette passerelle de bois étroite, à cent mètres au-dessus des eaux grises de l'Hudson, il emboîte le pas d'un groupe d'inconnus. Où le conduit-elle ? Pour sûr de l'autre côté de l'Hudson. Cependant, sans avoir appris quels points de ses rives elle relie, il doit refaire le parcours une seconde fois, puis une troisième. Jamais deux sans trois. A la troisième, toujours à la remorque de ses inconnus, il s'avise que les planches de bois luisantes d'humidité, relativement espacées, ne sont pas doublées ; si l'une cède, c'est la chute assurée. L'angoisse du vertige le saisit, une crampe lui mord le mollet, il trébuche et tombe à genoux : va-t-il appeler à son secours les dos qui s'éloignent ?

Sous la couette il rit de ce rêve bizarre et étend d'aise ses jambes. Une crampe alors lui empoigne le mollet gauche, puis une autre le droit. Fini de rire. Où as-tu pris que le rêve et la réalité, ça faisait deux ?

Dans une satisfaction enchifrenée,  il regarde l'Hudson s'écouler sous lui. Au moins, de ce côté-là, tout semble en ordre, se dit-il en se secouant. Tous ceux de son âge ne peuvent pas en dire autant. Mais quelle peur sournoise se dissimule donc sous ce rêve ni plus ni moins singulier que n'importe quel rêve ? Oh, il sait bien laquelle; cela fait deux ans à présent qu'elle traîne dans ses jambes et lui mord les mollets, chienne fidèle.

" Tout cela est maintenant derrière vous", lui a dit Jacques, il y a plus d'un an. Mais c'est comme sur la passerelle de l'Hudson , c'est derrière et c'est devant aussi, on ne sait pas vraiment d'où c'est venu, on ne sait pas non plus où ça va vous mener, et à chaque pas la chute fatale est possible, tandis que les dos s'éloignent.

Chaque fois qu'il empruntera la passerelle de l'Hudson, l'empoignera la peur de la chute. Son corps porte les stigmates de la précédente. L'énergie d'antan s'est estompée. Lui en restera-t-il assez pour se rattraper aux planches fragiles, glissantes et vermoulues, et ne pas chuter droit dans les eaux grises de l'Hudson ?

A moins qu'il n'emprunte une dernière fois la passerelle de l'Hudson et, pour hâter le destin, ne se décide à enjamber la rambarde. Mais peut-être qu'une crampe, survenue à point, l'en empêchera...










lundi 21 janvier 2013

Marguerite Duras et son époque : un âge d'or pour la littérature

817 -


Pierre Assouline, sur son site de La République des livres, rend compte d'un livre récent reconstituant les entretiens de Marguerite Duras avec une journaliste italienne. Cela fait plus de quinze ans que Duras a disparu , en 1996. Il n'est pas sûr qu'elle soit aujourd'hui un écrivain très lu. Il paraît que les deux tomes de ses romans, publiés dans la Pléiade, ne se sont pas bien vendus. Mais qu'en est-il de nombre de romanciers qui, à l'époque où Duras publiait ses livres les plus aboutis, tenaient le haut du pavé, les Butor, Simon, Sarraute, Pinget ? Mettons à part le cas de l'illustre Beckett qui, d'ailleurs, appartient à une génération différente.

Il n'est pas sûr qu'un lecteur de vingt ans entre aisément aujourd'hui dans l'univers de ces écrivains. Ce n'est pas une question de distance historique. C'est surtout une question d'écritures. Avec les écrivains cités plus haut et quelques autres (Adamov, Ionesco, plus tard Koltès au théâtre), Duras fait partie de ces héritiers de Proust et de Céline qui considèrent  qu'il ne vaut la peine d'écrire que si l'on se forge une écriture radicalement neuve et personnelle par rapport à celles qui l'ont précédée, seule capable de traduire la vision du monde singulière de l'écrivain. A vision singulière, écriture singulière : cette double exigence conditionne, aux yeux de ces écrivains, la légitimité d'un projet littéraire.

Le résultat fut une floraison de chefs-d'oeuvre, dont la plupart furent publiés entre 1950 et 1990 , dates rondes, comme aurait dit Pierre Chaunu. Mesure-t-on aujourd'hui à quel point cette période fut exceptionnelle et à quel point les tentatives actuelles sont modestes, comparées aux éclatantes réussites de ces années-là ? Nous sommes loin aujourd'hui de cet âge d'or. Marguerite Duras a disparu en 1996, Robert Pinget en 1997, Beckett en 1989, la même année que Bernard-Marie Koltès. La question de l'originalité de l'écriture comme priorité des priorités n'est plus à l'ordre du jour. Le roman et le théâtre voient fleurir des écritures honorables, mais standard.

Il me semble que, pour vraiment apprécier les livres de Duras aujourd'hui, il faudrait se replonger dans l'ambiance littéraire de ces années-là, en relisant parallèlement les chefs-d'oeuvre de ses illustres contemporains. Ainsi, pour la décennie qui va de la fin de la guerre d'Algérie à la première crise du pétrole -- période-clé, particulièrement riche -- , il faudrait lire ou relire, parallèlement à L'Après-midi de Monsieur Andesmas (1962), au Ravissement de  Lol V. Stein (1964) à L'Amante anglaise (1967/68), L'inquisitoire (1962), Abel et Bela(1961) , Autour de Mortin (1965) de Robert Pinget, La Route des Flandres (1960), Histoire (1967) de Claude Simon, Comment c'est (1961), Oh les beaux jours (1963), Comédie (1963) de Samuel Beckett, Les Fruits d'or (1963) et Le Silence (1967) de Nathalie Sarraute, Degrés (1960) et Portrait de l'artiste en jeune singe (1967) de Michel Butor. On dira que cette façon de lire, qui consisterait à s 'imprégner des façons d'écrire et de voir le monde qui furent celles d'une époque, pourrait convenir à n'importe laquelle des époques de notre histoire littéraire, mais cette seconde moitié du XXe siècle fut exceptionnellement fertile sur le plan de l'invention formelle dans les domaines du roman et du théâtre surtout , en poésie aussi, quoique, me semble-t-il, à un moindre degré (voir les tentatives d'un Roubaud ou d'un Butor ).

L'écriture de Marguerite Duras est avant tout, dans ses plus belles réussites, une écriture poétique, lyrique, une écriture de l'empathie. On peut aisément rester insensible au pouvoir d'envoûtement de cette écriture singulière et difficile. Cela m'est arrivé de ne pas retrouver, à la seconde lecture, l'émotion qui m'avait envahi à la première , quitte à la retrouver à la troisième ; ce fut pour moi le cas du Ravissement de Lol V. Stein. Tout n'est d'aillleurs   pas du même niveau dans cette oeuvre abondante et l'Amant, le plus connu aujourd'hui des livres de Duras, est pour moi très en-dessous du lyrisme délicat et poignant de L'Après-midi de Monsieur Andesmas , de l'émotion intense de L'Amante anglaise, dans sa version théâtrale, ou de l'extraordinaire prologue du Vice-consul, exercice d'empathie d'une telle force hallucinée que cette mendiante enceinte, chassée de chez elle et jetée sur les routes à tous les périls, vous découvrez tout d'un coup avec saisissement que c'est vous.


Additum (22/01/2013) . - Relu, une fois de plus, le début du Ravissement de Lol V. Stein . La scène de la nuit au Casino de T. Beach, nuit de la rencontre de Michael Richardson et d'Anne-Marie Stretter, nuit de l'abandon de Lol par son fiancé Michael RichardsonC'est pour moi un texte difficile, toujours aussi difficile, à chaque relecture. Il est pourtant d'une grande simplicité narrative. Mais justement la difficulté tient à son évidence même, à son dépouillement, à sa nudité. Il s'agit d'y entrer , ce à quoi,  d'une manière très mystérieuse au fond, le texte vous invite. Entendons-nous : la lecture est généralement une opération banale qui consiste à parcourir un texte imprimé. Or il ne s'agit pas ici de se contenter de parcourir. Il s'agit d'entrer, de la même manière qu'on entre dans la poésie. Très facile de rater son coup, de rester à la surface, à l'extérieur. Pour entrer vraiment dans le texte de Duras, il me faut faire appel à des qualités contradictoires : un abandon naïf, une concentration extrême. respiration apaisée, la juste distance du regard au livre, attention flottante, entre deux eaux. Pouvoir d'envoûtement, comme de certains rêves. Tempo ralenti. Cela tient beaucoup à la brièveté dense des phrases, à la ponctuation : "Ils s'étaient silencieusement contemplés, longuement, ne sachant que faire, comment sortir de la nuit ". Très énigmatique à première lecture, ce "comment sortir de la nuit " ; le sens et l'importance de de cette notation échappent d'abord, invitant, avec d'autres indices du même genre, à une relecture. La scène a quelque chose d'involontairement (de la part des personnages) hiératique, ritualisé dans les mouvements, les gestes, les regards ;  on y danse, mais dans la musique  du silence . Scène primitive, fondatrice dans l'histoire de Lol V. Stein, emblématique de ce qu'il est convenu d'appeler le "coup de foudre", mais dépouillée jusqu'à l'os de toute sentimentalité, première forme de mise à distance du roman d'amour et de ses recettes rabâchées . Exposition lente, hypnotique (pour les personnages, pour le lecteur), de l'engrenage de la fatalité, que le regard du lecteur, presque confondu avec celui de Lol, est invité à suivre en temps réel , d'où l'emploi du présent de narration, en un déroulement cinématographique (il faudrait décomposer la scène en termes de story board) au ralenti . L'expérience décrite ici est une expérience du temps. L'écoulement inexorable du temps entraîne insensiblement le couple des amants dans leur histoire et les éloigne de Lol. La rencontre d'Anne-Marie Stretter provoque dans la vie de Michael Richardson un changement qui devra " maintenant être vécu jusqu'au bout ". Les notations quelque peu énigmatiques à première lecture sont en rapport avec cette expérience du temps et s'éclairent par elle. Expérience ambiguë :  leur fascination réciproque fait entrer les deux amants dans une expérience de temps arrêté ( ils ne savent pas comment sortir de la nuit ) mais parallèlement l'élan passionnel déclenche un enchaînement temporel irréversible : "Michael Richardson se passa la main sur le front, chercha dans la salle quelque signe d'éternité. Le sourire de Lol V. Stein, alors, en était un, mais il ne le vit pas " . Ce temps se vit au ralenti mais c'est en réalité  un temps accéléré : "Aux toutes premières clartés de l'aube, la nuit finie, Tatiana avait vu comme ils avaient vieilli ". Le temps de Lol est, lui aussi, un temps arrêté, celui de la contemplation fascinée, mais solitaire. La "maladie" de Lol, c'est cela, c'est son "ravissement". L'intervention de la mère, à la fin de la scène, arrache Lol à sa contemplation hébétée et réintroduit l'écoulement du temps sous la forme d'un rituel caricatural. Un fil conducteur nous est donné dans cette première scène, celle de la contemplation ravie. Le temps tumultueux de l'aventure amoureuse n'est pas, pour le moment, le temps de Lol.

Contemplation fascinée. La scène nous introduit à un leitmotiv essentiel du récit à venir : celui du voyeurisme. Jeu des regards emboîtés. Les amants unis par le regard sont regardés par Lol, qui est regardée par Tatiana. L'ensemble de la scène est regardée par le narrateur. La position de la romancière elle-même peut elle aussi se définir en termes de voyeurisme. Le ravissement de Lol est au fond, à un degré plus élevé, aussi celui de Duras. Autre forme de mise à distance de la perspective du roman d'amour banal : la contemplation ouvre à la méditation.

Racine : Junie et Britannicus sont épiés par Néron, épié par Narcisse, sous le regard souverain du dramaturge. Mais au regard jaloux de Néron s'oppose le regard bienveillant de Lol. Racine encore, mais à l'envers : c'est Phèdre : "Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue " . Mais la condamnation racinienne de la passion fait place à son apologie. C'est le choix de Tatiana Karl, l'amie d'enfance de Lol et son antithèse (sa moitié complémentaire) : " -- J'ai des amants, dit Tatiana. Mes amants occupent mon temps libre complètement. Je désire que ce soit ainsi."  Le désordre amoureux est une paradoxale mise en ordre de la vie.

Anne-Marie Stretter et Michael Richardson vivront jusqu'au bout leur histoire d'amour, après quoi ils se quitteront. Chez Marguerite Duras, les histoires d'amour ne finissent pas bien, elle se vivent  un point c'est tout. Il est bon qu'il en soit ainsi .

Telle est la leçon de vie proposée par une romancière  chez qui la leçon  de Racine est corrigée par celle d' André Breton.

Peut-on dégager de la lecture du Ravissement de Lol V. Stein une leçon de sagesse ? Sagesse paradoxale, déjà présente, sans doute, dans l'image initiale des deux petites filles unies dans la danse. Une sagesse ? En somme, quelque chose comme le consentement de Tatiana au désordre amoureux couronné par le sourire compatissant et distancié de Lol...


Marguerite Duras , L'Après-midi de Monsieur Andesmas  ( Gallimard / L'Imaginaire )

Marguerite Duras,   Le Ravissement de Lol V. Stein   ( Gallimard / Folio )

Jean Ricardou ,  Le Nouveau roman   ( Le Seuil / Ecrivains de toujours )


La  Douleur, avec Dominique Blanc



samedi 19 janvier 2013

Pour Bachar el-Assad

816 -


Voilà donc le danger islamiste en passe d'être écarté du Mali, provisoirement tout au moins. Mais nous savons que la France n'en viendra pas à bout seule, que la partie est loin d'être gagnée, que le jeu est compliqué et le péril global.

La chute de régimes autoritaires en Tunisie, Libye, Egypte, a eu pour résultat d'ouvrir aux islamistes autant de champs d'action qui jusque là leur étaient fermés grâce à la répression exercée contre eux par les pouvoirs en place. Nous mesurons aujourd'hui à quel point l'existence  en Algérie d'un régime solidement installé , appuyé sur une armée forte, constitue pour nous un atout majeur. Dès la chute de Ben Ali, de Kadhafi et de Moubarak, la transition a profité aux extrémistes salafistes . Nos rêveries démocratiques à l'occidentale se heurtent aux réalités politiques, sociales, économiques de ces pays, au détriment de nos intérêts. Les gouvernements russe et chinois font de la situation en Syrie une analyse autrement moins stupide que certains gouvernements occidentaux, dont le nôtre. Quand nous guérirons-nous de la naïvetés de vouloir exporter notre conception de la démocratie dans des sociétés qui ne sont aucunement prêtes à les assimiler ? Quand nous déciderons-nous à faire preuve d'un peu plus de modestie et de réalisme ? Contentons-nous donc d'identifier nos vrais ennemis et de les cibler . Et traitons en amis les régimes qui sont objectivement nos alliés. L'intervention française en Libye restera comme l'exemple d'une scandaleuse imbécillité politique, engendrée par une ignorance non moins scandaleuse des réalités sur le terrain.

En Syrie, le régime de Bachar el-Assad ne correspond sans doute pas à l'idée que nos idéologues en chambre se font généralement la démocratie . Mais nous ne pouvons ignorer aujourd'hui que, les mêmes causes entraînant les mêmes effets, sa chute serait une catastrophe . Elle ouvrirait en effet un nouveau champ d'action aux entreprises des islamistes, déjà fortement représentés dans la résistance armée au régime.

Les Alaouites de Syrie, proches des Chiites, sont soutenus par l'Iran. L'axe chiite Bagdad/Damas/Téhéran nous est précieux. Il constitue en effet un contrepoids aux ambitions régionales des puissances sunnites. Cette division de l'Islam religieux se reflète dans la distribution des forces politiques. Elle est éminemment saine et nous est profitable.

Dans ces conditions, l'avenir de la démocratie en Syrie est un enjeu secondaire. La priorité étant devenue pour nous la lutte contre l'islamisme radical, nous avons tout intérêt à ce que le régime de Bachar el-Assad traverse victorieusement cette crise . Au Moyen-Orient, toutes les divisions, de quelque nature qu'elles soient, peuvent se révéler utiles et valent d'être instrumentées dans le sens de nos intérêts. Tant que la menace de l'Islam radical ne sera pas écartée, l'heure devrait être à la realpolitik et à elle seule.


Additum (22/03/2013) -

Lire dans Le Monde diplomatique (19/03/2013) l'article de Philippe Leymarie : En Syrie, armes à double tranchant.

La France et la Grande Bretagne viennent d'avertir leurs partenaires européens que, si elles n'obtiennent pas une majorité en faveur de la levée de l'embargo sur les armes à destination de la Syrie, elles  livreront des armes aux insurgés syriens. Cette décision irresponsable rappelle tout-à-fait celle de Georges W. Bush décidant de se passer de l'approbation de l'ONU pour intervenir en Irak.


( Posté par : John Brown )

Vive l'armée syrienne, rempart contre les extrémistes et garant de l'intégrité de la Syrie



vendredi 18 janvier 2013

"Au coeur du mensonge", de Claude Chabrol : bienvenue au club

815 -


Quelle distance sépare le fantasme de la réalité, la vérité du mensonge ? C'est la question que se pose un jour ou l'autre tout amateur de fiction, qu'il en soit consommateur ou producteur, et nous  sommes tous à la fois producteurs et consommateurs de fiction. Cette question est au coeur du film de Claude Chabrol, Au coeur du mensonge . Elle nous accompagne tout au long de cette histoire, où la double énigme policière a surtout pour fonction de nous faire approcher le mystère des êtres, et c'est sur elle, non résolue, que s'éteint la dernière image du film.

La résolution du mystère des deux meurtres est finalement ce qui importe le moins. L'assassin de la petite fille est celui qu'on n'avait aucune raison particulière de soupçonner et qui n'est confondu que par hasard. Quant à l'affaire du second  meurtre, si tant est qu'il y ait eu meurtre, elle se terminera sans doute sur  un non-lieu.

On ne sait jamais avec qui on vit, telle est la première  des deux leçons du film, que l'épouse ( Bulle Ogier ) de l'assassin de la petite fille (monstre d'ailleurs tout relatif, puisqu'il est  capable d 'amour pour son propre enfant) est chargée par le metteur en scène de tirer. L'autre est qu'on ne réussira jamais à prouver aux autres que l'on est bien celui qu'on dit être (ou qu'on croit être, ce qui ferait une troisième piste ). Sauf au niveau des broutilles du quotidien, aucune sincérité n'est en effet vérifiable.

René (Jacques Gamblin), le peintre, expert en fantasmes et en visions, est le personnage de plus en plus consciemment porteur de cette seconde hantise. Un accident l'a condamné à marcher avec une canne, boiterie soeur d'une autre, psychologique et existentielle celle-là, de plus en plus nettement consciente d'elle-même, dans un personnage toujours en équilibre instable sur la mouvante frontière qui sépare l'imaginaire du réel. Son amour passionné, amour-fou partagé, pour sa femme (Sandrine Bonnaire) est la seule planche de salut qui lui permet de conserver un peu d' équilibre, un équilibre vital que pourtant, par désespoir sans doute, il met radicalement en danger dans la dernière scène du film. Car si l'amour repose sur la sincérité et la confiance, celles-ci ne sont peut-être jamais que pure illusion. Rarement au cinéma on aura montré de façon aussi bouleversante (sauf peut-être Hitchcock dans Vertigo, autre histoire tragique de sincérité sur fond de mensonge) la pure merveille de l'élan amoureux, si fort et si fragile, que dans ces échanges entre Bonnaire et Gamblin.

On ne saura jamais si René a réellement tué le journaliste/écrivain ( Antoine De Caunes), comme il l'affirme à sa femme dans la dernière scène. Le statut de l'image étrangement distordue qui le montre à ce moment, brièvement penché sur son hypothétique victime, est en effet incertain : souvenir ou pur fantasme ? Le spectateur, en tout cas, n'a aucun moyen de trancher, et le metteur en scène est parti en emportant malicieusement la clé de l'énigme dans sa poche. Interrogée, l'autre soir, par Frédéric Taddei, qui lui demandait quelle suite elle imaginerait à cette fin,  la co-scénariste du film, Odile Barski, soulignait l'impossibilité d'ajouter quoi que ce soit de certain à la matière d'une fiction, qui ne raconte que ce qu'elle raconte. Ainsi l'issue de la relation entre René et sa femme est-elle à jamais incertaine. Hanté, sans doute, par la conviction de l'impossibilité d'être jamais cru, donc de l'inutilité d'être sincère,  il la met au défi, à la fois de le croire et de continuer à l'aimer. Ainsi un mensonge au moins sera conjuré : celui de l'amour fondé sur la pure confiance. Jeu pervers avec le feu... Aberration désespérée : l'amour (comme l'amitié) peut-il jamais être autre chose qu'un pari fondé sur la confiance en l'autre, confiance elle-même fondée sur l'apparence de sa sincérité ? " Bienvenue dans le monde des morts ", dit alors René à sa femme :  car vivre sans sincérité et sans confiance, c'est vivre sans amour, c'est être mort. Mais, comme le lui suggèrent les derniers mots de sa femme, René  peut encore renaître s'il parvient à restaurer en lui sa propre confiance dans la capacité de sa sincérité à gagner la confiance de l'autre.

Cette histoire poignante et profonde, Chabrol l'a filmée dans des décors malouins, à la frontière entre terre et mer. A la solidité granitique, à l'évidence du décor terrestre s'oppose la grisaille indéterminée des paysages marins. A la frontière des eaux mouvantes et de la brume, René conduit son  frêle esquif, dans une ambiance de film de Dreyer ou de Bergman. L'incertitude de la réalité du monde se fond alors avec celle de la vérité des êtres...

Au coeur du mensonge,  film de Claude Chabrol , avec Jacques Gamblin, Sandrine Bonnaire, Antoine  de Caunes, Valeria Bruni-Tedeschi, Bernard Verley, Pierre Martot

Vertigo , film d'Alfred Hitchcock, avec Kim Novak, James Stewart


( Posté par : Toinou chérie )


jeudi 17 janvier 2013

Tuez-les tous, et peu importe comment

814 -



Au Mali, nos soldats affrontent des bandes de fanatiques attardés au Moyen-Age , mais, sur le plan militaire, à la pointe de la modernité, remarquablement équipés et entraînés, courageux et déterminés : l'adversaire ne doit pas être sous-estimé. L'échec de la tentative de libérer l'otage retenu en Somalie, la récente prise d'otages dans le Sud algérien, le démontrent amplement.  Plusieurs jours après le début de l'intervention, on attend toujours l'annonce que les agglomérations de Konna et de Diabali ont été purgée de leurs derniers djihadistes . Il est clair que, pour s'en débarrasser, il faudra aller les chercher dans leurs trous, maison par maison, et les tuer jusqu'au dernier. On finirait par croire que ces gens ont fait leur devise du vers de Hugo : Et s'il n'en reste qu'un....


Ainsi,  ce conflit nous offre la chance d'un véritable réarmement moral doublé d'une régénération physique. Il serait criminel , il serait suicidaire de ne pas la saisir . C'est l'occasion d'une véritable refondation psychologique de notre nation qui s'offre là, et d'abord de notre armée. C'est une armée remarquable, formée de professionnels hautement qualifiés. Mais elle ne fait pas assez peur. Les islamistes, bien moins nombreux, font bien plus peur . C'est que ce sont de vrais tueurs et seulement des tueurs. Tuer ou être tué, telle est leur unique vocation. Ils ont compris que l'avenir est aux tueurs. De même, l'avenir de la France dépendra de plus en plus de la qualité et du nombre de ses tueurs. Le rayonnement de la France dans le monde doit beaucoup à nos  écrivains, à nos artistes, à nos savants. C'est bien, mais nous n'avons pas assez songé à faire connaître nos arts du meurtre . Résultat : on ne nous prend pas au sérieux. On ne prendra au sérieux nos soldats que lorsqu'ils laisseront sur leur passage une traînée fumante de sang. On n'est pas là pour aider les mémés à traverser la rue. On est là pour embrocher les salopards. Assez d'humanitarisme à la con . On est là pour s'abandonner sans retenue à l'ivresse de tuer. Quand nos politiques et nos stratèges se décideront-ils à méditer les raisons de l'efficacité des armées allemande et japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale ? Elles avaient compris que ni la douceur ni l'humanité ne font la force principale des armées.

L'armée malienne est engagée intensément dans des actions de liquidation d'islamistes infiltrés dans la population. Il faut la soutenir sans réserve. Les inquiétudes des organisations de défense des droits de l'homme sont hors de saison. Il faut purger la population de ses éléments douteux. L'existence d'une cinquième colonne ne saurait être tolérée. Face à un adversaire sans pitié, il faut savoir être sans pitié. Il faut retourner ses armes contre lui. Vive la décapitation au sabre ! A l'ancienne !

La notion de droits de l'homme est nulle et non avenue pour les islamistes. Ainsi le droit commun au reste de l'humanité, notamment en cas de guerre, n'a-t-il pas à leur être appliqué. Pas de droits de l'homme pour les ennemis des droits de l'homme. On peut, on doit les traiter avec la plus totale inhumanité. Les exécutions sommaires, la détention illimitée sans jugement, la torture, les actes de barbarie deviennent licites, appliqués à ces barbares qui se sont exclus eux-mêmes du genre humain. L'essentiel est que ces formes drastiques de répression soient mises en oeuvre dans la plus grande discrétion par des forces non officielles ( services secrets et très spéciaux ).

On dira que je ne fais pas dans la dentelle, mais je me trouve autrement modéré que mon ami Erwan, éleveur de porcs en Bretagne. Il m'a fait part l'autre jour d'un procédé de répression, réservé aux islamistes, qu'il a imaginé et qui, selon lui, devrait faire merveille au Mali, en Afghanistan ou ailleurs. On sait que le cochon est omnivore. Il suffirait, selon lui, de nourrir des cochons exclusivement avec de la chair humaine (par exemple des cadavres d'islamistes), tout en les affamant régulièrement. Ensuite, dans de petites arènes, spécialement aménagées dans des coins peu  fréquentés du Sahel, munies de gradins pour les spectateurs, on introduirait des islamistes faits prisonniers. On leur tirerait dessus, pas pour les tuer, mais pour les immobiliser et les faire saigner. On introduirait ensuite les cochons, qui, attirés par l'odeur du sang et poussés par la faim, les dévoreraient vivants, sous les yeux de leurs camarades réunis sur les gradins. Un tel spectacle, associé à la perspective de finir de la même façon, permettrait, selon mon ami, d'obtenir facilement de ceux-ci le reniement de l'Islam,  de leur père et mère, et plus généralement de tout ce qu'on voudrait. Mon ami prétend que, s'il parvenait à convaincre l'armée malienne de recourir à ses services, il pourrait relancer son exploitation actuellement déficitaire, tout en rendant un signalé service à la cause de la civilisation. L'essentiel serait que le  respect global  et la promotion de nos valeurs occidentales (droits de l'homme, démocratie et autres foutaises ) restent les objectifs  officiels.

J'avoue que sa suggestion ne m'a pas entièrement convaincu. Je ne lui ai pas opposé des raisons morales (il s'en fout, moi aussi d'ailleurs), et me suis situé dans une perspective de pure efficacité. " Techniquement, ton procédé paraît faisable, lui ai-je dit, mais ne s'avérera-t-il pas, à la longue, contre-productif ? Même si certains s'interdisent de consommer du cochon, personne ne conteste en revanche le droit du cochon à consommer. On frémit en pensant au sort que connaîtraient nos otages si  l'adversaire s'avisait de récupérer le procédé. Resterait encore à emporter la conviction des donneurs d'ordres. D'une simplicité biblique en apparence, la mise en oeuvre de ton projet serait  d'ailleurs sans doute plus compliquée qu'il n'y paraît à première vue. Sans doute conviendrait-il de vaincre certaines susceptibilités locales. C'est dommage, certes, mais les méthodes  les plus séduisantes sur le papier ne sont pas toujours les plus efficaces sur le terrain."

" Et puis, tu te trompes de cible, ai-je ajouté. " Tes islamistes ne sont pas  de vrais musulmans. Ce sont de faux musulmans d'autant plus dangereux qu'ils sont faux (1) . L'Islam est une religion de paix, de tolérance et de douceur, tout le monde sait ça. Il est donc absurde d'inviter des gens à renier une religion qu'ils ont déjà reniée. Pas besoin d'en rajouter, leur apostasie de fait justifie à elle seule que tu les livres aux cochons. Il suffirait simplement, avant qu'ils ne soient bouffés, que tu obtiennes d'eux qu'ils abjurent leurs erreurs et reconnaissent leurs crimes. C'est une méthode qui a fait ses preuves aux beaux temps de l'Inquisition. Le choix du bûcher ou de la ferme aux cochons, c'est secondaire : simple affaire de mode ou d'opportunité ". Il n'a pas eu l'air vraiment convaincu. Il est vrai que, catholique intégriste comme je le connais, mon rapprochement avec l'Inquisition n'a pas dû lui plaire..

Très anti-musulman, il faut bien l'avouer, mon ami, jamais en panne d'idées tordues, et militant d'extrême-droite à ses heures perdues, a imaginé aussi de récupérer la viande d'islamistes rechiée par les cochons pour l'introduire ensuite, subrepticement mais massivement, dans la viande halal consommée en France. Irrémédiablement pollués, des centaines de milliers de consommateurs désespérés n'auraient plus d'autre recours que le suicide . L'effectif de la population musulmane sur le territoire français s'en trouverait, selon lui,  notablement diminué. Je crois mon Erwan tout de même un peu timbré.

Je lui ai représenté que, sans  être aucunement musulman, je consomme assez régulièrement  la viande halal de mon boucher maghrébin. Je la trouve très bonne et ça m'ennuierait beaucoup d'être pollué à l'islamiste rechié, même faux musulman . Il m'a regardé de travers. Bien que nous ayons été élevés par la même nourrice, je dois lui faire l'effet d'un faux-frère. On voit, dans le cas de mon ami, à quel point il est  dangereux de rivaliser de fanatisme et d'intolérance avec l'adversaire . J'ai conseillé à  Erwan de continuer d'élever ses cochons en Bretagne. On s'est séparés froidement.

Note 1 . -  Il est des cas où il faut savoir enfoncer le clou.

Additum 1 . - Le TPI vient d'ouvrir une enquête pour crime de guerre commis par les islamistes depuis janvier 2012 : viols, exécutions sommaires, enfants soldats enrôlés sous la contrainte, populations utilisées comme boucliers humains, prises d'otages... Pas de cadeaux à ces gens-là !

Additum 2 . - Bravo à l'armée algérienne pour son action à In Amenas .Exemplaire de détermination, de courage et d'efficacité ! Episode hautement révélateur : d'un côté ceux qui sont capables d'agir, d'agir vite ; de l'autre les humanistes pleurards . Ah ! rien ne vaut une vie, n'est-ce pas, ah ! ces pauvres otages ah ! tout faire pour les sauver, négocions, négocions, il en sortira bien quelque chose. Toute négociation avec ces fanatiques tourne à leur avantage. Les amoureux de la négociation sont des gens qui n'ont jamais médité sur l'histoire du noeud gordien. Laissons-les à leurs frilosités, à leurs délicats scrupules, et célébrons l'alliance de fait, l'alliance efficace, l'alliance prometteuse, entre Alger et Paris. Les djihadistes sont pris en tenaille. Au Nord, leur tentative de gagner du temps est mise en échec. Au sud, l'armée malienne est en première ligne contre eux. Mais elle n'est plus seule : elle s'appuie sur les troupes françaises au sol, elle a notre appui aérien.

Additum 3 . -

La police vient d'interpeller à Marignane deux individus qui préparaient des attentats et n'avaient pas hésité à planter un drapeau salafiste sur leur domicile !

Beaucoup pensent et disent qu'il faut crever ces gens-là en leur faisant bouffer leur drapeau juste bon à torcher nos chiottes, après en avoir torché nos chiottes . Ils disent  que ces chiens bâtards, éduqués dans nos écoles, vivant dans nos villes, qui mordent la main qui les a nourris, doivent être liquidés comme des chiens. Ils disent que l'opération peut s'envisager de deux manières :

1/ Les riverains du lieu où se trouvent actuellement détenus ces deux individus fomentent une émeute, les en extirpent et les lynchent sur place ou, de préférence, les conduisent en un lieu secret où ils leur en font baver à loisir  avant de les expédier rejoindre Allah.

2/ Une organisation secrète, bénéficiant des renseignements et de l'aide de la police, agissant en parfaite coordination avec elle, se charge de l'exécution, et de celles d'individus du même acabit, sous la forme d'un supplice approprié à la gravité du crime. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de se substituer à l'action de la police ni de la justice, qui continuent de mener leur action contre les subversifs dans le cadre de la loi. Il s'agit de faire le travail rendu nécessaire par la gravité de la situation, mais que ni la police ni la justice ne peuvent accomplir dans le cadre des lois existantes. Il serait intéressant, disent-ils, et sans doute urgent, de théoriser une structure étatique à deux étages, l'une au grand jour, l'autre souterraine,  une structure, somme toute, double, l'une respectant formellement les principes de la démocratie et des droits de l'homme, l'autre s'en affranchissant délibérément. La première à l'intention des belles âmes, des gogos, des naïfs, la seconde à l'usage des esprits réalistes, épris d'action efficace.

( Posté par : Fr. de Hollande)

Je veux bouffer de l'islamiste !

mercredi 16 janvier 2013

Détruire les islamistes et leurs complices

813 -

Voilà donc notre armée engagée  dans une opération musclée contre les groupes djihadistes qui tiennent le Nord du Mali depuis plus d'un an. "  "Que faire des terroristes au Mali ? les détruire", a déclaré François Hollande dans une formule lapidaire généralement approuvée . La question est de savoir combien de temps,  et de moyens il faudra pour y parvenir. On mettra le temps et les moyens qu'il faudra, et si l'on doit y être encore à la Saint-Sylvestre, on y sera . On n'a que trop tardé en tergiversations, palabres et atermoiements. Pendant ce temps, l'adversaire islamiste s'est employé à se renforcer. Ses troupes ne comportent  encore que quelques milliers de fanatiques enragés, mais ce nombre est largement suffisant pour tenir tout le Nord Mali et lancer avec succès des raids vers le Sud que l'armée malienne, désorganisée, sous-équipée et démoralisée, une armée d'opérette tout juste capable de renverser le gouvernement en place, n'a pas pu empêcher. 

Noël Mamère assume une position hostile à notre intervention . Il a raison de désigner Sarkozy comme le responsable de la situation actuelle, la déstabilisation du Mali ayant suivi de peu la fin du régime de Kadhafi, hâtée par l'intervention française . Mais selon lui, la France n'aurait pas à jouer le rôle de gendarme de l'Afrique ; elle devrait en finir avec les séquelles de la Françafrique et  cesser de soutenir des régimes corrompus .  Il semble oublier qu'en Côte d'Ivoire nos soldats ont aidé à renverser  un régime corrompu qui avait confisqué le pouvoir au détriment du candidat démocratiquement élu, un musulman, bon, mais il y a des mumusulmans honnêtes, modérés, démocrates même, si, si, ça existe. Intervention qu'on est  bien obligé de mettre au crédit du même Sarkozy,  mieux inspiré en Côte d'Ivoire qu'en Libye, rendons-lui cette justice .  Mamère, d'ailleurs, confond des situations très différentes. Qu'un pays de plus de quatorze millions d'habitants, soit menacé  de tomber du jour au lendemain sous la coupe d'une bande de fanatiques attardés au Moyen-Age avec toutes les conséquences qu'on imagine, ça n'a pas l'air de gêner le moins du monde notre écolo pur et dur . On ne voit pas ce que la démocratie et les droits de l'homme , ceux des  femmes en particulier,  y gagneraient. Ce n'est tout de même pas la faute des Maliens si leur déconfiture politico-militaire  les livre sans défense à quelques bandes armées. En tout cas, l'accueil qu'ils font aux troupes françaises est éloquent.

Il va falloir s'y faire : la présence française en Afrique, ça ne date pas d'hier. On ne va pas froidement se laver les mains de ce qui se passe dans des pays où l'on continue de parler français et qui entretiennent avec nous de multiples liens, économiques notamment, sans compter qu'y vivent de nombreux ressortissants français . Que la France y intervienne directement le moins souvent possible, tout le monde est d'accord là-dessus, mais tout le monde convient que, cette fois, une intervention en urgence était nécessaire.

Ses interventions en  Afghanistan et en Côte d 'Ivoire font de l'armée française l'armée européenne la plus expérimentée au combat. Il faut se réjouir de cette nouvelle occasion offerte à nos garçons d'améliorer encore leurs qualités de combattants, spécialistes du baston dans des conditions exotiques et difficiles.

Il était plus que temps que des forces militaires capables de  venir à bout des bâtards islamistes viennent les défier sur leur terrain. Sinon, on pouvait imaginer quelques scénarios-catastrophes. On voyait très bien affluer au cours des mois des renforts accourus des quatre coins de l'Afrique, du Moyen-Orient et d'ailleurs. On se représentait sans difficulté la constitution d'un arsenal redoutable, puisé dans les stocks d'armes de Kadhafi mais pas seulement. Un chef islamiste a menacé la France de représailles sanglantes. Ces gens n'ont pas été rassasiés de la destruction du World's Trade Center . Ils en reveulent, Marie-Louise. Et pourquoi pas en France ? François Hollande a fait activer le plan Vigipirate  au niveau d'une menace hautement probable : mesure réaliste ! Il importe donc hautement à notre sécurité autant qu'à celle des habitants de Bamako que les lascars soient liquidés dans les plus brefs délais. N'en déplaise à Noël Mamère, l'opération de grand nettoyage d'hiver qui s'engage était nécessaire et urgente.

Additum 1 (20/01/2012) . - Je lis dans Le Monde que les  porte-parole de l'UMP stigmatisent "l'impréparation" et "l'isolement" de la France dans l'engagement au Mali . Je me demande ce que ces braves  censeurs auraient fait à la place du gouvernement . Peut-être qu'il aurait dû demander aux islamistes à quelle date ils se proposaient d'attaquer . Ils ont apparemment oublié que, comme Mamère aura eu au moins l'intelligence de le rappeler, la situation actuelle est le produit de l'intervention sarkozyque en Libye. De plus, alors que nos soldats sont engagés sur le terrain, ils pourraient avoir la décence de la boucler.

Additum 2 (20/01/2010) . - Les détruire, mais qui détruire, où et quand ? Entrevu aux actualités télévisées un reportage sur une manifestation de salafistes à Londres, dénonçant l'intervention française au Mali . On a les mêmes en France, dans les banlieues ou ailleurs. Ces gens voient le rapport entre l'Islam et la société civile à peu près de la même façon que les djihadistes qu'affrontent actuellement nos soldats. Pour eux, l'imposition par la force de l'Islam et de la charia à une société d' "infidèles" (c'est comme ça qu'ils disent) n'est pas un problème de légitimité mais d'opportunité. Ils ont définitivement placé dans dans leur tronche de cake la loi d'Allah au-dessus des lois de la société dans laquelle ils vivent . David Cameron , le premier ministre britannique, a trouvé l'autre jour les mots exacts, dénonçant " une idéologie qui est une distorsion extrême de la foi musulmane et qui considère que le meurtre de masse et la terreur sont non seulement acceptables mais nécessaires " . Ceux qui , dans nos banlieues, y adhèrent plus ou mois ouvertement, sont nombreux , notamment parmi les jeunes . Ils soutiennent  les terroristes, en paroles pour le moment et en regardant où ils mettent les pieds, mais n'attendent que l'occasion de leur fournir un jour ou l'autre un soutien matériel et une complicité armée.  S'ils possèdent la nationalité  française, nous devons les considérer comme des traîtres latents et nous préparer à  sortir ces chiens bâtards de vive force de leurs trous pour les aligner contre un mur .

Pour éviter d'en arriver à ces extrémités, la  société française ne fera pas l'économie de se poser la question des modalités  de la présence d'un Islam légitime en son sein. Qu'est ce qui est tolérable et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Et ce n'est pas seulement une affaire d'actes, c'est une affaire d'opinion Toutes les opinions sont libres en  France, sauf celles que prohibe la loi : faire l'apologie du racisme, par exemple, vous expose à des sanctions pénales. De même une certaine façon de présenter l'Islam et ses droits devrait être interdite par la loi.  Les sociétés musulmanes ne se sont jamais posé le problème en ces termes et, si elles ne l'ont pas fait, c'est parce que ce serait attaquer de front le dogme mahométan. Ainsi les formes violentes de la propagande religieuse ne se sont-elles jamais heurtées dans ces sociétés à des interdits légaux. Ce n'est pas parce qu'ils prônaient le djihad que les islamistes radicaux ont pu faire l'objet d'une répression dans divers pays musulmans, mais parce qu'ils s'attaquaient à la sécurité de l'Etat. Chez nous, ces prudences n'ont pas lieu d'être. On peut et on doit poser des limites à l'outrecuidance religieuse. On l'a d'ailleurs déjà fait en mettant à la porte du pays certains imams radicaux. Mais ces mesures ponctuelles ne remplacent pas l'absence d'une législation claire visant le radicalisme religieux violent quel qu'il soit, puisque, en théorie du moins,  l'Islam n'est pas seul concerné.

En attendant que les représentants de la nation élaborent cette législation, considérons, en tout cas, la liquidation physique, même préventive, des éventuels émules d'un Khaled Kelkal et d'un Mohammed Merah, comme exemplaire et absolument nécessaire. Le porte-parole de Mokhtar Belmokhtar prédit à la France des dizaines  de Mohammed Merah et de Khaled Kelkal. Eh bien tant mieux . Ce seront autant d'occasions de  saigner à mort ces salopards et leurs complices. Ah ! le moment tant attendu approche, où nous pourrons leur trancher la langue et la bite, nous faire des colliers avec leurs  oreilles, enrouler leurs  boyaux sur des dévidoirs pour en faire du  tuyau d'arrosage, et jouer aux  aux billes avec leurs couilles ! (1)

On peut considérer l'entreprise djihadiste comme étant d'essence révolutionnaire. Il s'agit en effet de renverser par la force  un ordre de choses considéré comme illégitime et injuste. Pour un djihadiste, l'existence d'une société laïque comme la société française est une offense intolérable au Tout-Puissant. L'usage de la violence pour la détruire est donc tout-à-fait légitime. Ce  mode de pensée est identique à celui des révolutionnaires marxistes et fascistes engagés dans la lutte pour la destruction des sociétés "bourgeoises". Toute une frange de l'opinion musulmane en France, notamment parmi les jeunes, est l'équivalent de ces admirateurs de l'U.R.S.S. ou de l'Allemagne nazie qui, dans les années trente, en France et en Europe, attendaient la Révolution, qu'elle fût marxiste ou nationale, et entendaient bien la préparer, s'appuyant pour cela sur une réserve plus ou moins mouvante de sympathisants. On ne peut lutter efficacement contre de pareilles entreprises qu'en leur opposant les rigueurs de la loi et l'efficacité d'une répression violente à grande échelle qui ne s'embarrasse pas de scrupules.

Quant à un Islam qui n'offre pas l'image rebutante du fanatisme, de l'intolérance et de la haine, un Islam ouvert aux autres et non pas replié sur sa différence,  un Islam aux valeurs compatibles avec celles du reste de l'humanité, ce n'est pas à nous de l'inventer . Que les musulmans s'en chargent, s'ils en ont la volonté et la patience.

Note 1 . - Eh mais, voilà qui va bien . Je m'en vas soumettre ce programme au prochain conseil des ministres : rien de tel, pour contrer le terrorisme, qu'un contre-terrorisme musclé. Qu'est-ce que le TPI va en penser ? Ah bah! il sera bien temps d'y pourvoir en temps utile.


( Posté par : Fr. de Hollande )